Elle naurait jamais pu changer ainsi! En apercevant son exépouse, Antoine Laurent resta sans voix.
Ce ne peut pas être elle Je narriverais jamais à croire queÉglantine aurait pu changer à ce point. Il simmobilisa devant la vitrine du restaurant Le Meurice, guettant discrètement la femme qui avait été la sienne.
Églantine, blonde éclatante, était assise près de la grande baie vitrée, les yeux rivés sur son ordinateur portable. Un serveur lui déposa un verre de jus dorange pressé et un petit gâteau décoré de framboises et de fraises.
Comment faitelle pour être si belle? Et ce bracelet il doit valoir une fortune. Antoine mordit sa lèvre, recula pour ne pas être vu.
***
Antoine et Églantine sétaient rencontrés il y a six ans. Fraîchement diplômé dune école dingénieurs, il venait dintégrer la société de construction LafargeBâtiment et sa carrière décollait.
Lors dun salon des machines lourdes, il fit la connaissance dune charmante jeune femme qui travaillait au stand de lun des exposants.
«Tu ne veux pas plutôt prendre un café? » proposail avec un sourire.
Elle sappelait Églantine Moreau, discrète et timide, et il la trouva immédiatement attirante.
«Voilà la femme quil me faut: docile, toujours daccord Elle pourrait devenir la femme parfaite, bien à moi.» pensat-il.
Il la prit pour un café.
«Et toi, que faistu ici?» lançail en la suivant hors du salon.
«Jécris des nouvelles, je rêve de devenir scénariste.» réponditelle, rougissant légèrement.
«Je viens juste de finir mes études de lettres, je débute. Mais il faut bien payer le loyer.» rétorqua Antoine, déjà en train de rêver à ce que serait sa future épouse.
***
Antoine acheta un café au kiosque den face, sassit sur un banc et observa Églantine. Lorsquelle sortit, il ne reconnut pas la silhouette qui savançait. Elle marchait avec grâce, drapée dun manteau de fourrure de vison, son port de tête transformé. Trois ans plus tard, elle ne ressemblait plus du tout à la femme quil avait connue.
Quand elle monta dans une décapotable rouge flamboyante, Antoine resta sans voix.
Elle a dû rencontrer un homme riche il ny a pas dautre explication. il engloutit son café brûlant, serrant le verre comme pour retenir son désarroi.
Églantine disparut, roulant vers linconnu. Cette nuit, Antoine, incapable de dormir, créa un nouveau compte pour espionner les photos de son exépouse. La jalousie, la rage et lenvie lenvahirent alors quil avalait à grands traits un demilitre de whisky.
«Tu ne pouvais pas changer ainsi tu nétais personne, tu navais rien. Je tai prise sans argent, sans logement, sans beauté doù ces photos luxueuses?» marmonnat-il, le cœur serré en voyant Églantine posant dans les plus grands hôtels du monde, brandissant sacs à main et bijoux.
«Tu as perdu dix kilos, tu as ces formes parfaites la chirurgie? Le sport?» lançail, la main crispée autour du téléphone.
***
Le lendemain matin, Antoine se souvint dune conversation.
«Cest nimporte quoi, qui lit ces histoires?» commentat-il en feuilletant le dernier texte dÉglantine.
«Les goûts et les couleurs, on ne discute pas. Jai déjà des admirateurs.» répliquaelle timidement.
«Des admirateurs?», ricanat Antoine. «Ceux qui nont pas de cervelle se contentent de tes contes.»
«Antoine, pourquoi?» balbutiat-elle, la voix tremblante. «Nous sommes ensemble depuis un an, et tu ne supportes pas que jaie ma propre vie.»
«Exactement.», hurlat-il. «Si tu maidais vraiment, je ne passerais pas mes journées au bureau.»
«Cest une idée!», sécriail, se levant brusquement. «À partir daujourdhui, tu ne rédiges plus, tu travailles pour moi.»
Églantine resta figée, les larmes aux yeux.
«Mais mon cœur est dans ces histoires!», sanglotat-elle.
«Je men fiche. Tu ne sers à rien dautre. Chaque jour je te donnerai une liste de tâches, tu les exécuteras.», déclaratil, implacable.
Elle se lamenta, accusant Antoine de létouffer, de la priver de ce qui comptait pour elle.
«Je tai soutenu, je te paie les vacances, les cadeaux, et maintenant tu me menaces?» lançatil. «Aidemoi ou pars.»
Églantine, le visage marbré de larmes, ferma son ordinateur et ne revint jamais écrire.
***
Un an plus tard, Antoine, grâce à des investissements et à la vente de lappartement familial, ouvrit sa propre société de construction. Églantine, désormais son assistante, gérait dossiers, présentations, réunions. Deux ans après, il avait bâti un lotissement chic, gagnant des sommes importantes. Tout, sauf lapparence dÉglantine, le déplaisait.
Sous le stress, elle sadonnait aux sucreries, prenait du poids.
«Comment puisje sortir avec elle? Elle est devenue si grosse, on ne peut plus la présenter.», confiatil à son ami Pierre dans un bistrot du Marais.
Pierre, en regardant une photo, répliqua :
«Il est temps quelle quitte le siège.»
Antoine téléchargea une application de rencontres et, après une soirée arrosée, décida de la laisser. Il rencontra rapidement Clémence Legrand, une athlète au physique parfait, qui accepta de le rejoindre dès le premier rendezvous, même dans les toilettes dun restaurant chics à Paris.
Clémence, séduisante, murmurait à son oreille :
«Tu aimes ce que je porte, nestce pas?»
Antoine, caressant son épaule, répondait :
«Oui, jadore»
Elle listait ses dépenses : coiffure, manucure, spa, abonnement au club, tandis quil se contentait dadmirer son corps, convaincu quil méritait ce luxe. En un mois, elle remplaça Églantine dans son cœur, et il ne revenait plus souvent chez lui.
Un soir, Églantine, espérant un repas de pâtes au pesto, laccueillit :
«Jai préparé tes pâtes préférées.»
«Pas faim.», grondat Antoine.
Il la traita comme une simple employée, exigeant toujours plus delle, sans la payer.
Les affaires dAntoine dégringolèrent, les partenaires sen allaient, les contrats se désagrégeaient. Il blâma Églantine et, dans un accès de rage, la chassa de la maison sans un sou.
Trois ans plus tard, il découvrit, grâce à la géolocalisation dune photo, quÉglantine vivait désormais dans le quartier chic de SaintGermaindesPrés, chez un riche mécène.
Il se dit :
«Je vais y passer, peutêtre que je la confronterai.»
Juste à ce moment, il reçut un message de Clémence, quil avait envoyée aux Émirats :
«Je crois que cest fini, jai trouvé quelquun dautre.»
Furieux, Antoine linsulta, lui reprocha davoir dépensé son argent, et elle le bloqua.
Déçu par un investisseur, Antoine se rendit, à contrecœur, à limmeuble où Églantine habitait. Après une longue attente, la voiture de luxe sarrêta devant la porte.
«Que faistu ici?», demandatelle, surprise.
«Je voulais voir comment tu te débrouilles maintenant,», bégayatil.
Il chercha à la convaincre douvrir le coffre où il supposait quelle gardait de largent.
«Cest quoi toute cette réussite?Comment astu pu transformer ta vie?»
Églantine, calme, lui servit un verre deau.
«Je suis scénariste maintenant. Mes séries sont diffusées sur les chaînes principales.», déclaratelle avec modestie.
Antoine, rouge de colère, murmura:
«Je tai mis sur la bonne voie, cest grâce à moi.»
Elle, le regard glacial, répliqua:
«Tu ne mas rien donné dautre que de la cruauté.»
Elle se leva, pointa la porte.
«Tu ne repartiras plus jamais ici.»
Pris de panique, Antoine sélança, agrippant son bras, cherchant le coffre.
«Lâchemoi, ça fait mal!», criatelle.
Un gros chien de garde, Chili, et son compagnon Villy, deux bergers allemands, se dressèrent entre eux.
«Chili, Villy, à lordre!», hurlatelle.
Antoine, acculé, se rendit compte que ses menaces ne servaient à rien. La police arriva, le menant devant les tribunaux où il fut condamné à une peine avec sursis.
Aujourdhui, Églantine vit heureuse, mariée à un réalisateur talentueux, attendant un enfant. On raconte que chaque femme qui réussit a un homme qui lui a brisé le cœur. Mais la vraie vengeance, cest de prouver quon peut sen sortir sans lui.
Si lon croit en soi, rien nest impossible.





