«Tu disparaîtras, et il se souviendra tout de suite de moi»
«Ah, on ne sait jamais ce que les gens racontent. Tu disparais et il pense immédiatement à moi. Alors, je ten prie, fais-le gentiment, sinon»
«Questce que tu me colles au visage?»
Quattend une fille lorsquelle accepte daller au cinéma avec son cavalier? Tout dépend du degré de liberté quelle saccorde, réellement.
Certaines sont prêtes, après le film, à inviter le mec chez elles ou même à se lancer, depuis les rangées du fond, dans une aventure sans retenue. Dautres, plus réservées, préfèrent le scénario classique: regarder le film, se tenir la main, et finir la soirée à la porte de son appartement.
Quoi quil en soit, le simple fait que tu accompagnes un jeune homme à la séance à son invitation montre que, dune façon ou dune autre, tu es désormais sa petite amie. Et que le siège était vacant jusquà maintenant. Donc, rien ne doit ressembler à la scène qui a eu lieu avec Élodie, lorsquau hall du cinéma, un autre fille sest jetée sur le bras du garçon, lair jalousé, en criant:
«Maxime, mais qui estcette fille? Pourquoi lui tienstu la main? Je passe des nuits blanches à minquiéter, je tattends, et toi»
Dans une telle situation, nimporte quelle demoiselle rougirait et séclipserait. Au pire, elle hurlerait: «Ah, mais tu sors avec deux à la fois!», balancerait les fleurs fraîchement reçues à son cavalier, et sen irait en claquant ses talons.
Élodie appartenait plutôt à la première catégorie, mais elle na pas eu le temps de réagir: Maxime, le sourcil froncé, a presque grondé à linconnue:
«Je tai déjà dit de partir. Si tu penses que tout est fini entre nous, nespère plus me courir après. Élodie, on y va.»
«Qui court après qui, hein» les insultes suivantes nont même pas atteint les oreilles dÉlodie, car Maxime la saisie par le bras et la entraînée dun pas rapide vers la salle quils devaient rejoindre.
Pour elle, la scène était réglée. Tout allait bien, Maxime ne sortait plus avec cette fille. Elle lavait largué. Du moins, daprès Maxime. Mais la réalité était peutêtre toute autre.
Élodie a décidé de remettre la discussion à la fin du film. Pas loccasion de débattre devant les autres spectateurs. Et, comme Maxime avait payé les billetsenviron 13 chacunelle navait pas envie de gâcher le droit dentrée en posant des questions sur la mystérieuse inconnue.
Après la séance, ils sont sortis, ont arpenté la rue éclairée en direction du parc voisin de limmeuble dÉlodie, et le sujet a enfin émergé.
«Jespère que tu nas pas tiré de conclusions hâtives. Dhabitude je ne collectionne pas les folles, ma famille et mes amis sont corrects, cest juste une… histoire qui mest tombée dessus,» a déclaré Maxime dun ton conciliant.
Le thème des entourages «anormaux» était, pour Élodie, sensible: elle avait rompu avec son ex parce que la soeur et la mère du garçon ne lacceptaient pas. Du coup, Maxime faisait tout pour montrer quavec lui, il ny avait aucun danger.
«Que sestil passé exactement?», a demandé Élodie, curieuse.
«On sortait ensemble, du moins je le pensais. Tu sais comment on appelle ce type de relation? On se promène à deux, on se tient la main, on sembrasse, et en public elle sassied sur mes genoux en me traitant de «petit chat»?»
«Logique,» a acquiescé Élodie.
«Et tu sais ce qui est logique aussi? Si une fille minvite à réparer son ordinateur, mais quand jarrive, elle me dit que son frère la emporté à la campagne hier, et elle me propose de regarder un DVD à la place.»
«Quelquun utilise encore des DVD?», a été sa réponse, avant de reprendre le fil. «Si une fille tinvite sous prétexte dun problème technique et te propose de rester chez elle pour un snack pendant quil ny a personne, je parie quelle veut simplement te servir un gâteau et un film.»
«Ajoute un peignoir transparent, des bas en résille, des bougies en forme de cœur, une dizaine de bouteilles de vin avec des amusebouches, et le film qui serait clairement réservé aux «18+».»
«Comme dans ces comédies où tout le monde saime et le happyend est garanti», a ajouté Maxime, précisant les détails.
«Dans ce cas, je file à la pharmacie pour acheter un préservatif et on sy met,» a compris Élodie, saisissant la direction du vent.
«Jai pensé exactement la même chose. Je suis assis sur le canapé, lambiance est déjà bien lancée, elle arrive, je la serre, on commence à sembrasser Je tends la main pour remonter son peignoir et là, dun coup, elle me gifle et hurle à plein poumon: «Questce que tu fais? Je ne suis pas comme ça! Doù tienstu ces idées?»»
«Jaurais simplement fui cette scène de psychose,» a répliqué Élodie.
«Exact. Jai mis mes chaussures, les ai enfilées, jai entendu quelle disait que tout était fini entre nous, et je suis reparti.»
Le lendemain, Maxime a envoyé un message. La fille la rappelé comme si de rien nétait, demandant pourquoi il ne lappelait plus, il lavait «oubliée», et pourtant ils avaient bien parlé.
«Et toi?»
«Je lai ignorée. Pourquoi chercher des folles? Tout allait bien, je navais même pas de raison de rester, pas comme certains qui se coincent avec quelquun jusquà en trouver mieux. Je ne suis pas le genre à me lancer dans ce genre daventures.»
«Exact. Et maintenant elle te suit en espérant?»
«Elle pensait que je la poursuivrais, que je supporterais ses exigences, quelle continuerait à moffrir des cadeaux en attendant que je daigne revenir. Mais je ne suis pas ce genre de «chasseur». De nos jours, on ne parle plus de «courtiser» à la façon davant. Les lois interdisent tout ce qui nest pas un «oui» clair, alors parler de «courtiser» na plus aucun sens.»
Élodie et Maxime ont alors conclu que aucun «déménagement» de ce type ne se ferait sans consentement. Si cest «oui», cest oui; si cest «non», cest non, point de «mais tu pourrais changer davis». Elle a considéré son ex comme un fou et a rangé ce souvenir comme un mauvais rêve, sauf si cétait la seule rencontre.
Un jour, alors quÉlodie rentrait de luniversité, une connaissance, Aline, la interceptée.
«Élodie, attends, il faut quon parle. Tu as mal agi, tu as volé le gars qui était déjà occupé.»
«Le garçon a dit quil était libre, Aline. Et je tai déjà demandé daller voir ailleurs.»
«Oh, les paroles «Tu disparaîtras, et il se souviendra de moi». Alors, faisle bien, sinon Questce que tu me colles au visage?»
«Regarde, cest mon père. Il porte luniforme de capitaine de police, tu vois le genre?» a expliqué, cherchant le moyen le plus simple de se débarrasser dune poursuivante trop tenace.
Ils auraient pu prouver à linfini que le garçon nétait pas intéressé, que la présence dÉlodie naffecterait pas leurs relations avec Aline, voire même déclencher une baston mais les conséquences auraient retombé sur Élodie ellemême, et aucun entraîneur ne laurait approuvée.
Ce quAline a finalement fait était parfaitement calculé. Peu importe que le père dÉlodie ne la voie quune fois par an pour son anniversaire, quil soit capitaine dans une autre ville, ou quil soit le dernier à qui elle confiera ses soucis. Lessentiel, cest quà la vue dune photo, Aline a pâli, sest murmurée des injures contre les «bandits» et a filé, laissant Maxime tranquille. Il a même annoncé à Élodie, une semaine plus tard, que les comptesrendus de la fille avaient cessé.
Aline, bien sûr, a raconté son «coup de maître» à qui voulait bien lécouter, pour que Maxime sache tout, mais na reçu aucune condamnation.
«Avec des filles comme ça, on ne comprend rien. Jaurais jamais dû les rencontrer.»
Élodie a approuvé Maxime, car même Aline lui a paru normale jusquà ce quelle ouvre la bouche.
À la fin, peu importait que la demoiselle nait pas toutes ses cases en place. Lessentiel était quÉlodie et Maxime aient enfin vu leurs chemins se séparer, espérant que cela dure pour toujours.
Peutêtre quelle a trouvé un «chasseur» à la hauteur, un narcissique qui se prend pour un chef cuistot. Après tout, chaque créature mérite son partenaire pour quils cessent de harceler les gens normaux. Nestce pas une idée merveilleuse?





