Ma nièce vient me rendre visite, mais elle se fâche parce que je ne la nourris pas.

Cher journal,

Ce soir, ma nièce Amélie est venue me rendre visite à Lyon, mais elle est vexée parce que je ne lai pas nourrie. Ma sœur Claire vit à Marseille ; sa fille rêve dentrer à luniversité de Lyon, où elle devra bientôt loger en résidence. Elle est arrivée pour quelques semaines afin de régler des formalités dinscription, soit des examens, soit la remise de dossiers. Claire a convenu quAmélie séjournerait chez moi pendant ce temps.

Nous navions jamais parlé de qui devait mettre la table. Sa mère, Jeanne, reste muette sur le sujet, alors les deux jeunes femmes se débrouillent entre elles. En entrant, je lai vue assise, le visage fermé, à tourner les yeux dans le salon. Je lui ai demandé ce qui nallait pas. Elle ma répondu quelle sattendait à un repas chaud préparé par moi. Sans ménagement, je lui ai rétorqué: «Je ne te préparerai pas de repas, jai mon emploi du temps à tenir et je dois partir de toute urgence. Appelle ta mère, quelle te vire de largent sur ta carte, achète des croissants, des pains au chocolat et un sachet de thé; le thé, jen suis à court! Tu as dix-huit ans, il est temps dêtre autonome.»

Sa mère ne me parle plus depuis longtemps ; depuis que mes enfants ont quitté le nid, mon mari sest éloigné, et je me suis jetée corps et âme dans le travail. Mon emploi du temps est infernal, je ne suis plus souvent à la maison, et je nai plus lénergie pour les tâches domestiques. Même dormir correctement est devenu un luxe.

Rencontrer Amélie reste agréable. Elle a grandi, gagné en féminité, mais je ne suis plus loncle Pierre débrouillard qui, jadis, pouvait préparer nimporte quel repas, même un festin déléphant, sans compter le temps ni les efforts. Je lui demande donc dacheter elle-même ses provisions, de les couper, de les cuire ou, mieux encore, dacheter quelque chose de prêt à consommer pour ne pas risquer de ruiner la cuisinière ou lappartement.

Elle sest mise en colère, puis sest calmée, mais demeure silencieusement irritée chaque jour. Elle comptait sur un pension complet avec laide de sa mère. Jignore si les choses se stabiliseront. Il est difficile darrêter brusquement dêtre le «bon oncle» sur qui tout le monde pouvait compter; jai toujours cultivé des relations paisibles avec mon entourage. Aujourdhui, je reste paisible: jai offert un lit gratuit, mais sans le «petit plus» quelle espérait. Jai consulté un psychologue pour savoir comment expliquer, avec douceur, que je ne suis plus aussi fonctionnel quavant et que lon doit compter un peu moins sur moi.

Leçon du jour: accepter ses limites et apprendre à dire non, même à ceux qui attendent de nous un repas ou un miracle.

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