Ce n’est pas qu’une aventure éphémère, Victoria. Je vis une double existence depuis dix-sept ans, confia Damien en faisant tourner anxieusement un stylo sur son bureau.

Ce nest pas une aventure passagère, Béatrice déclarai-je, les doigts jouant nerveusement avec mon crayon au bout du bureau. Jai deux vies depuis dixsept ans.

Si cest une blague, elle a vraiment mauvais goût, réponditelle, lair perplexe.

Depuis quelques semaines, javais le pressentiment que quelque chose clochait chez moi. Jétais toujours absorbé par mon travail : déplacements fréquents pour des réunions à Paris, à Lyon, à létranger, longues heures au siège, stress permanent. Mais une fille? Doù sortaitelle?

Cest sérieux. Cest ma réalité. Et désormais, cest aussi la nôtre, insistaije.

Je me levai, mavançai lentement jusquà la fenêtre.

Quoi? Nous sommes ensemble depuis vingtsix ans, nous avons deux fils adultes qui étudient à Bruxelles. Nous avons toujours été une famille exemplaire. Et maintenant, tu mannonces une fille de quinze ans? Aije bien entendu?

Exactement, Béatrice. Mais ce nest pas tout.

Elle resta figée, sans savoir comment réagir.

Elle va vivre avec nous dès la semaine prochaine. Il ny a aucune discussion possible. Pas dautre option.

Tu ne me demandes même pas mon avis tu mimposes la situation. Si je refuse, je peux partir, cest ça?

Ne dramatise pas. Je ne veux pas divorcer. Les choses se sont simplement déroulées ainsi, rétorquaije, las.

Si tout est dit, je men vais. Ma pause déjeuner est terminée, je dois reprendre le travail, réponditelle, froide.

Pars, répliquaije, sans même détourner les yeux de la vitre.

Elle quitta le bureau, les émotions retenues, la tête qui tournait.

Béatrice, tout va bien? Vous voulez de leau? demanda la secrétaire, inquiète.

Non, merci. Appelez un taxi, je ne peux pas conduire, ditelle sèchement.

Dans cinq minutes, un véhicule vous attendra à lentrée principale, précisa lassistante.

Merci, murmurala en entrant dans lascenseur, laissant enfin couler ses larmes.

Elle composa un numéro.

Élodie, je ne viendrai pas au bureau aujourdhui. Annule tous mes rendezvous. Fais ce quil faut, ordonnatelle.

Vingt minutes plus tard, elle était déjà devant la maison de ma bellemaman.

Thérèse, savaistu que jai une fille avec une autre femme? demandaije, le ton sec.

La femme plus âgée soupira, hocha la tête.

Oui. Je lai rencontrée quand elle navait que onze ans. Tu te souviens de mon infarctus? Jai eu peur, alors jai voulu que tu saches pour ta petitefille.

Tu lappelles déjà petitefille? Bravo! répliquat-elle avec sarcasme.

Et que proposestu? La rejeter? réponditil calmement. Si jen avais eu connaissance il y a quinze ans, jaurais tout fait pour empêcher cela. Mais elle existe, le sang de Damien coule dans ses veines.

Béatrice la regarda, la douleur au cœur.

Pourquoi ne men astu jamais parlé?

Pour tépargner la souffrance que tu ressens maintenant, répondit Thérèse doucement.

Béatrice éclata en sanglots, se jeta dans les bras de sa bellemaman.

Tout ira bien, ma fille. Tu es forte, murmurat-elle.

Je ne dois rien à personne! sécria soudain Béatrice. Il a bâti une autre vie et maintenant je dois pardonner et accepter?

Tu dois parler à ton mari pour tout savoir, conseilla Thérèse. Pour linstant, je ne peux même pas le regarder, rétorquatelle.

Une semaine passa. Le silence sinstalla. Un jour, je ramenai la jeune fille à la maison.

Entre, ma chérie, voici la pièce où tu vivras. Et voici Béatrice, ta deuxième maman.

Béatrice serra les poings, mais obligée de sourire.

Enchantée de faire ta connaissance, ditelle.

La jeune fille, aux yeux bleus, copies parfaites de ceux de Damien, répondit:

Moi aussi. Jespère que nous deviendrons amies.

Solène était polie, intelligente. En quelques semaines, Béatrice shabitua à elle, mais envers moi, elle resta distante.

Quelques jours après, Béatrice demanda le divorce. Thérèse la soutint.

Jaurais fait la même chose, avouatelle.

Solène en souffrit énormément. Béatrice décida de laborder.

Solène, sil te plaît, parlons, imploratelle.

La jeune fille sanglota.

Maman, ne pars pas. Je taime, suppliatelle.

Béatrice la serra fort.

Et moi aussi, ma chérie.

Le lendemain matin, Béatrice entra dans la chambre de Solène.

Debout. Prenons le petitdéjeuner, puis sortons, ditelle.

Où? demanda Solène.

Surprise, répondittelle.

Vingt minutes plus tard, elles marchaient dans la rue.

Où sommesnous? sinterrogea Solène.

Béatrice sarrêta, sourit.

Nous allons voir ta maman, acheter des fleurs et la remercier pour toi.

Solène la serra à nouveau dans ses bras.

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Ce n’est pas qu’une aventure éphémère, Victoria. Je vis une double existence depuis dix-sept ans, confia Damien en faisant tourner anxieusement un stylo sur son bureau.
Il m’a fallu quinze ans pour réaliser que mon mariage ressemblait à cette inscription annuelle à la salle de sport – au début plein de bonnes résolutions, puis déserté le reste du temps.