Seconde Jeunesse: L’Épanouissement à Travers le Temps

Mélisande et son mari, Alexandre, vivaient ensemble depuis vingtsix ans. Ils sétaient rencontrés à luniversité, sétaient mariés dès la fin des cours, et deux ans plus tard un fils, Louis, était né. Une vie ordinaire, comme tant dautres.

Louis grandit, épousa et, avec sa femme, sinstalla à Paris. Son départ bouleversa le quotidien de Mélisande et Alexandre. Le silence sinstalla, les conversations se tarirent. Ils se connaissaient par cœur, se comprenaient dun regard, dun souffle. Un échange de quelques mots et puis le mutisme.

Au début de sa carrière, Mélisande travaillait dans un bureau où une femme dune quarantainecinq ans, Madame Duval, attirait les regards. Malgré son âge, elle paraissait plus vieille que la plupart des trentenaires. Elle prenait toujours ses congés en plein hiver, revenait au travail avec un teint hâlé, ses cheveux blonds coupés courts accentuaient la teinte bronzée de son visage.

« Elle doit aller au solarium, ça se voit », chuchota la nouvelle collègue à Mélisande. Un jour, poussée par la curiosité, Mélisande osa demander :

Doù vient ce bronzage en plein mois de janvier ?

Nous étions à la station de ski de ValThorens, mon mari et moi, répondit Madame Duval.

À votre âge? sexclama Mélisande.

Quel âge? Jai quarantecinq ans. Quand on atteint cet âge, on réalise que la vraie jeunesse nest pas la folie, mais la maturité. Souvienstoi, ma petite, lennui est le pire ennemi du couple. Tous les adultères, les séparations, naissent de lennui. Quand les enfants partent, la routine sinstalle, et cest alors que les hommes perdent la tête. Nous, les femmes, navons pas le loisir de nous ennuyer : travail, enfants, maison et lhomme, allongé sur le canapé, cherche où dépenser son énergie. Certains boivent, dautres cherchent de nouvelles sensations, comme on dit, « ils cherchent une femme ».

Jétais naïve, pensais que mon mari était fatigué, quil travaillait trop, et quil était normal de rester devant la télé sans boire. Je me métamorphosais en balai électrique, nettoyant sans cesse. Puis il ma annoncé quil aimait une autre, que je lennuyais, et il est parti. Tu imagines?

Quand je me suis remariée, jai changé ma façon dêtre. Je le poussais à participer aux tâches, le weekend on partait à la campagne, on faisait du ski, je ne le laissais jamais reposer. Aujourdhui, nos enfants sont grands, nous voyageons à travers la France. Ce nest pas pour tout le monde, mais retiensen lidée.

Ces mots restèrent gravés dans lesprit de Mélisande. Elle remarqua quAlexandre, après le souper copieux, traînait jusquau canapé devant la télévision, difficile à sortir de là. Avant, il partait en randonnées, descendait les rivières en kayak. Quels cadeaux danniversaire il lui réservait!

Mélisande tenta de le secouer, réserva des places au théâtre, proposa une croisière sur le Rhône à bord dun paquebot à trois ponts. Au théâtre, il somnolait ; à la croisière, il se plaint de létroitesse de la cabine. Le ski, plus question. Le ventre rond dAlexandre le rendait réticent aux sports intenses.

Après une nouvelle proposition daller au cinéma, il lança, le regard triste :

Où tu veux memmener? Ce weekend, je veux simplement dormir, me reposer. Va avec tes amies.

Autrefois, Alexandre partait en escapades avec ses copains, formant un groupe de passionnés de canoë sur les rapides des Alpes. Il jouait de la guitare, chantait avec une belle voix.

Mélisande, toujours occupée par le travail, la grossesse ou le petit Louis, navait jamais pu les rejoindre. Sa mère la mettait en garde :

Tu le laisses partir? Il pourrait se faire une nouvelle compagne.

Pas besoin daller loin pour trahir, répondit-elle, je fais confiance à Alexandre.

Et elle attendait son retour des sorties.

Un jour, alors quils étaient assis côte à côte sur le canapé avec un album photos, Alexandre, dabord réticent, se laissa emporter par les souvenirs.

Tu ne voudrais pas revivre un peu de cette jeunesse? demanda-t-elle.

Non, qui veut? Tout le monde a des occupations, des petitsenfants.

Avec moi. Je nai jamais fait vos randonnées. Propose à tes anciens compagnons, peutêtre quils accepteront.

Tu plaisantes? Nous étions jeunes, fous, maintenant

Trop sages? sécria Mélisande en souriant. Allons au théâtre ce weekend, passons un moment culturel! Et elle claqua lalbum, soulevant un nuage de poussière.

Alexandre réfléchit. Un soir, pendant le repas, il annonça :

Jai parlé à Thierry, il a encore ses tentes, on peut louer un kayak au club.

Mélisande sentit son cœur sallumer. Il se lança enfin dans la préparation du trek.

Tu sais, cest dur pour un novice, le fleuve, les rapides, les moustiques, dormir à même le sol sans douche Tu reviendras vite chez toi, prévintil.

Je nabandonnerai pas, promitelle.

Il la guida dans les magasins, refusant quelle nachète que robes et maillots de bain, insistant sur des vêtements chauds et des chaussures de randonnée.

Ils remplissaient leurs sacs, et Alexandre, sceptique, la surveillait :

Retire ça, montremoi ce que tu as réellement mis.

Mélisande déchargea le sac, ne gardant que lessentiel après que son mari eût retiré les bigoudis, les flacons de crème, le sèchecheveux.

Les moustiques vont te massacrer, ditil. Tu restes chez toi?

Mais Alexandre retira le superflu, rendant le sac plus léger.

Je le ferai, déclaraelle, le regard plein despoir. Jai toujours essayé de tattirer vers le théâtre, lart, et aujourdhui je veux être à tes côtés, dans la montagne comme dans la joie.

Plus ils sapprochaient du départ, plus les doutes la traversaient. Enfin, sur le quai, ils attendirent le train qui les mènerait loin de la civilisation. Trois hommes et une femme les accompagnaient.

Tes amis sontils tous divorcés? demandat-elle.

Non, leurs épouses sont avec leurs petitsenfants, répondit Alexandre.

Le voyage en train fut animé, les hommes racontaient des anecdotes, Alexandre grattait les cordes dune vieille guitare. Mélisande se promit de tenir le coup.

À la sortie de la gare, la douleur au dos et la fatigue la frappèrent. Les hommes portaient leurs sacs, tentes et matelas, tandis quelle peinait à garder léquilibre. La nature était magnifique, mais elle ne voyait que le risque de trébucher.

Arrivés au bord du torrent, elle voulait sallonger sur lherbe. Les hommes allumèrent rapidement le feu, dressèrent leurs tentes, comme sils nétaient pas épuisés.

Tu vas ty habituer, lencouragea Tatyana, lépouse dun des hommes, en allant chercher de leau pour le dîner.

Les larmes montèrent à la gorge de Mélisande, désirant son lit douillet. Mais le feu crépitait, Alexandre jouait de la guitare, sa voix résonnait, et elle revit le jeune Alexandre qui lavait enchantée.

Le lendemain, alors quil examinait les ampoules sur ses mains, il demanda :

Tu comptes fuir?

Pas du tout, réponditelle avec détermination.

Devant les rapides, le cœur battant, elle voulut proposer de longer la berge, mais le regard moqueur dAlexandre la força à saccrocher aux flancs du radeau, oubliant les pagaies.

Lorsque les rapides sestompèrent, elle poussa un cri de joie, la plus forte du groupe.

Une semaine plus tard, ils rentrèrent, épuisés mais le visage rayonnant. Le dîner, la douche, le canapé, tout cela leur rappelait combien le trek les avait rapprochés. Ils sendormirent enlacés, comme au premier jour.

Lannée prochaine, on repart? demanda Mélisande, serrée contre le corps dAlexandre.

Tu as aimé? sesclaffail. Ce nest pas le théâtre ni les restaurants, cest la vraie vie.

Je saurai mieux me préparer, promiselle, tu ne seras pas embarrassé.

Tu mas surpris, la première fois, tu étais une vraie recrue, admitil.

Mélisande rougit sous les compliments.

Lorsque leur fils appela, elle raconta son aventure :

Votre vie est agitée! Je pensais que vous seriez tristes.

Nous nous ennuyons un peu. Et vous?

Nous attendons un petitfils, sexclama le fils.

De retour au travail, radieuse, elle portait un bracelet de corde perlée :

Tu es allée au soleil? demanda la collègue.

Cest un talisman, un cadeau dun ami chaman.

Ainsi, pour raviver la flamme du couple, il suffit de partager les passions de lautre. Laventure ne convient pas à tous, mais on peut toujours créer de nouveaux projets. Comme le disait un écrivain : « On ne doit jamais regretter leffort quand il sagit de sauver lamour ».

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

twelve + 10 =

Seconde Jeunesse: L’Épanouissement à Travers le Temps
Il n’était pas encore rentré. Ces derniers temps, il avait trop de travail et commençait à rester de plus en plus tard. Sophie coucha les enfants puis se dirigea vers la cuisine pour se préparer une tasse de thé. François n’était toujours pas rentré. Ces derniers temps, il était débordé de travail et avait pris l’habitude de faire des heures supplémentaires. Sophie compatissait à la fatigue de son mari et cherchait à le préserver des soucis domestiques, car il était le seul soutien du foyer. Après leur mariage, ils avaient décidé que Sophie resterait à la maison pour s’occuper du foyer et des futurs enfants, tandis que François garantirait le bien-être financier de la famille. Ils eurent trois enfants d’affilée. François était ravi à chaque naissance et affirmait qu’il ne comptait pas s’arrêter là. Pourtant, Sophie était épuisée par l’attention constante requise par les enfants et songea à faire une pause avant d’agrandir la famille. François rentra après minuit, légèrement éméché. À la question de Sophie, il répondit : — Soph’, on était tous pris par le travail et on a décidé d’aller se détendre un peu. — Oh, mon pauvre ! — sourit Sophie —. Viens, je te prépare quelque chose à manger ! — Pas besoin. On a grignoté quelques tapas. Je vais plutôt me coucher. La fête des Mères approchait et Sophie, confiant les enfants à sa propre mère, alla au centre commercial. Elle voulait célébrer l’événement avec une attention particulière : un dîner romantique à deux. Sa mère accepta volontiers de garder les enfants chez elle. En plus des courses et des cadeaux, Sophie décida de s’offrir quelque chose. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était rien acheté et elle avait honte de demander de l’argent à François pour de nouveaux vêtements, n’ayant guère l’occasion de sortir. Sa dernière acquisition était un ensemble confortable pour la maison, peu adapté à la soirée prévue. Elle entra dans une boutique et choisit plusieurs robes. En enfilant la deuxième, elle reconnut la voix de son mari provenant de la cabine voisine : — Hmm, j’ai hâte de te l’enlever ! Un rire féminin lui répondit : — Sois patient, coquin ! Tu ferais mieux de retourner choisir un cadeau pour ta femme. — Pourquoi faire ? Elle est noyée dans les enfants et peu leur importe comment elle est habillée, tant qu’elle les nourrit et prend soin d’eux. Je vais lui offrir une cafetière ou un mixeur, ça lui fera plaisir ! Sophie eut l’impression de recevoir une douche froide. Silencieuse, elle continua à essayer les vêtements tout en écoutant la conversation à travers la cloison. — Et si elle te demande où est passé ton argent ? Une cafetière, ce n’est pas bien cher… — riait la femme. — Pourquoi devrais-je lui rendre des comptes ? C’est MON argent, je travaille, et elle reste à la maison à faire ce qu’elle veut ! Je lui donne l’argent pour les courses, ça devrait suffire. Elle devrait me remercier ! Apparemment, la séance d’essayage était terminée et les voix s’éloignèrent. Sophie jeta un coup d’œil discret. Elle vit François à la caisse avec une blonde, en train de payer ses achats. Il l’embrassa devant la vendeuse. — Tout va bien, mademoiselle ? — demanda la vendeuse, voyant Sophie immobile dans la cabine. — Oui, oui, tout va bien ! — répondit-elle précipitamment en tendant les robes à la vendeuse. — Je les prends toutes. De retour à la maison après avoir raccompagné sa mère et couché les enfants pour la sieste, Sophie réfléchissait à la suite. Elle ne s’attendait pas à une telle trahison de la part de François. Plus que l’infidélité, c’est le mépris pour tout ce qu’elle faisait pour la famille qui la blessait. Elle eut envie de déposer immédiatement une demande de divorce, mais se força à réfléchir posément. « Je demande le divorce, il part avec sa blonde, me laisse seule avec les enfants et sans ressources. La pension alimentaire ? Des miettes… Et de quoi vivrons-nous ? » Ce soir-là, François ne rentra pas tard, “occupé par le travail”. « Il a déjà eu ce qu’il voulait cet après-midi », pensa Sophie, indifférente. Elle n’avait plus de sentiments pour lui ; il était devenu un étranger. Sa seule crainte était qu’il cherche une intimité à laquelle elle ne pourrait répondre. Cette idée la révulsait. Mais apparemment, François était repu de sa maîtresse et ne s’approcha pas de Sophie. Le lendemain, Sophie prépara son CV et l’envoya à plusieurs sociétés et agences. Il ne restait plus qu’à attendre. Les jours d’incertitude se succédèrent, chaque matin commençant par la vérification de sa boîte mail. Enfin, une réponse arriva : elle était invitée à un entretien dans une entreprise de la ville. Curieusement, la même où travaillait François. Après réflexion, elle décida de s’y présenter. Ayant à nouveau confié les enfants à sa mère, elle se rendit à l’entretien. Après près de deux heures d’échanges avec la direction, on lui proposa un bon poste avec des horaires flexibles. Ce n’était pas un grand salaire, mais suffisant pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Sophie rentra rayonnante. Sa mère, la voyant si heureuse, la questionna. — Maman, François me trompe ! — lança Sophie, mi-soulagée, mi-heureuse. Pensant sa fille confuse, sa mère l’installa sur le canapé pour la calmer. — Sophie, comment peux-tu penser ça ? François, infidèle ? Il n’arrête pas de travailler ! — Il ne travaille pas, il sort avec sa maîtresse ! — raconta Sophie, relatant toute la scène de la boutique. Sa mère, après l’avoir écoutée, demanda : — Que comptes-tu faire maintenant ? — Je vais divorcer ! Et j’ai décroché un travail à horaires aménagés. Je vais prochainement inscrire les enfants à la crèche et, quand ils y seront tous, travailler à temps plein. — Eh bien, vas-y ! Je ne t’en empêcherai pas ! On ne peut pas pardonner une telle trahison. En plus, il ne te respecte même plus. Je t’aiderai avec les enfants. — Merci, maman ! — Sophie la serra dans ses bras, émue. Le 7 mars, François rentra encore très tard. Sophie ne lui posa aucune question, et, surpris par cette indifférence, il tenta de se justifier : — Soph’, encore une grosse journée au travail… — Mais Sophie l’interrompit, lui disant d’aller se coucher. Le lendemain, alors qu’elle préparait le petit-déjeuner des enfants, François arriva avec un cadeau : un mixer. — Tiens, mon amour, pour t’aider dans les tâches ménagères. — Il tenta de l’embrasser, mais Sophie se dégagea et, sans prêter attention au cadeau, se leva. — J’ai aussi un cadeau pour toi. Surpris, François la suivit jusqu’à l’entrée, le paquet à la main. Deux grosses valises l’y attendaient. — Je demande le divorce ! Inutile d’inventer des excuses, tu peux partir maintenant ! — Comment as-tu su ? — marmonna François, déconcerté. — Dans la boutique, lorsque tu choisissais un cadeau pour ta blonde. Et ce mixer, tu peux aussi le lui offrir, je n’en ai pas besoin. Abasourdi et furieux, François s’emporta : — Ça t’énerve que j’aie une autre femme ? Une femme belle et entretenue, pas comme toi ! Tu as oublié comment te maquiller, tu ne vis que pour les enfants à mes frais. Peu importe à qui je donne mon argent, c’est mon choix ! Ce qui te dérange, c’est que j’en consacre une partie à quelqu’un d’autre, tu es égoïste ! — Non, cela ne me dérange pas, — répondit calmement Sophie — maintenant, va-t’en. Dès le lendemain, Sophie déposa une demande de divorce et de pension alimentaire. Une semaine plus tard, on sonna à la porte. C’était sa belle-mère, furieuse : — Profiteuse ! Tu as mis François à la porte et maintenant tu réclames de l’argent ! Renonce à la pension ! Il n’a aucune obligation de payer quoi que ce soit ! — Il ne me paie pas, il paie pour ses enfants, qu’il a lui-même désirés — répliqua Sophie. — Si cela ne lui laisse plus de quoi gâter sa maîtresse, tant pis pour lui ! Ce sont aussi ses enfants. — Que feras-tu sans son argent ? Tu as eu des enfants en pensant vivre à ses crochets toute ta vie ! Mais ça ne marchera pas ! Il va demander qu’on déclare un petit salaire, tu n’auras quasiment rien ! Tu reviendras vite mendier ! — Je n’en doute pas, — dit Sophie, lui indiquant la porte —. Allez, partez, ou j’appelle la police. Pestant, sa belle-mère s’en alla. Quelques mois passèrent, les enfants finirent tous par aller à la crèche. Un mois après l’entrée du petit dernier, Sophie put travailler à temps plein. — Bonjour ! — entendit-elle une voix familière près de son bureau. — On peut parler ? — Désolée, François, j’ai beaucoup de travail — répondit-elle, sans lever la tête. — On pourrait peut-être déjeuner ensemble ? — François s’attarda. Sophie leva les yeux sur son ex-mari. Il avait l’air fatigué, vieilli. Elle savait que la blonde, après avoir appris que la moitié de son salaire partirait en pension, l’avait quitté. Mais tout cela lui était égal. — Non, François. Nous ne parlerons plus ni ne déjeunerons ensemble.