Papa… cette serveuse ressemble à Maman.

« Papa cette serveuse ressemble à Maman. »

La pluie dessinait des rigoles sur les vitres ce samedi matin quand Olivier Moreau fondateur milliardaire dune entreprise techno et père célibataire épuisé poussa la porte dun petit café tranquille. À ses côtés, Louise, quatre ans, serrait ses petits doigts dans les siens.

Depuis quelque temps, Olivier ne souriait plus guère. Pas depuis quÉlodie sa femme, son étoile polaire avait disparu deux ans plus tôt dans un accident sur lautoroute. Sans son rire et sa voix douce, le monde était devenu terne. Seule Louise gardait une bougie allumée dans lobscurité.

Ils sinstallèrent dans un coin près de la fenêtre. Olivier parcourut le menu, les yeux lourds de fatigue, tandis que Louise fredonnait et pinçait lourlet de sa robe rose, la faisant voleter.

Puis sa voix, petite mais sûre :

« Papa cette serveuse ressemble à Maman. »

Les mots lui glissèrent dabord entre les doigts avant de lui exploser au visage.

« Quest-ce que tu as dit, ma puce ? »

Louise pointa du doigt. « Là-bas. »

Olivier suivit son regard et son cœur sarrêta.

À quelques pas, une femme riait avec un client, et pendant un éclair, le passé se dressa devant lui. Ces yeux marron si doux. Cette démarche légère, sans hâte. Ces fossettes qui napparaissaient quavec un vrai sourire.

Ça ne pouvait pas être elle. Il avait vu le corps dÉlodie. Il avait assisté à lenterrement. Signé les papiers.

Pourtant, quand la serveuse bougea, ce fut le visage dÉlodie qui bougea avec elle.

Son regard insista un peu trop. La femme le remarqua, et son sourire se figea. Une émotion passa dans ses yeux reconnaissance, peur avant quelle ne disparaisse derrière la porte battante des cuisines.

Le pouls dOlivier semballa.

Était-ce elle ?

Une cruelle ressemblance ? Une blague de lunivers ? Ou pire ?

« Reste là, ma chérie », murmura-t-il.

Il se leva. Un employé lui barra le chemin. « Monsieur, vous ne pouvez pas »

« Je dois juste parler à la serveuse », dit Olivier en levant une main apaisante. « Cheveux noirs attachés, chemise beige. »

Lemployé hésita, puis hocha la tête et séclipsa.

Les minutes sétirèrent.

La porte souvrit. De près, la ressemblance lui coupa de nouveau le souffle.

« Je peux vous aider ? » demanda-t-elle, méfiante.

Sa voix était plus grave que celle dÉlodie mais ses yeux cétait les mêmes.

« Vous ressemblez terriblement à une personne que jai connue », parvint-il à articuler.

Elle lui offrit un sourire poli, habitué. « Ça arrive. »

« Le nom Élodie Moreau vous dit quelque chose ? »

Une fraction de seconde, ses yeux vacillèrent. « Non. Désolée. »

Il sortit une carte de visite. « Si jamais vous y repensez, appelez-moi. »

Elle ne la prit pas. « Bonne journée, monsieur. » Et elle séloigna.

Pas avant quil ne remarque le léger tremblement de sa main. Ce petit tic quelle avait de mordiller sa lèvre inférieure comme Élodie.

Cette nuit-là, le sommeil le fuit. Olivier resta assis près du lit de Louise, écoutant sa respiration régulière, repassant chaque seconde du café dans sa tête.

Était-ce Élodie ? Sinon, pourquoi cette femme avait-elle eu lair aussi troublée ?

Il la chercha en ligne et ne trouva presque rien. Pas de photos. Pas de profil. Juste un détail glané dune remarque entendue : Anna.

Anna. Ce nom lui resta en travers de la gorge.

Il appela un détective privé. « Une femme prénommée Anna, serveuse rue de Rivoli. Pas de nom de famille. Elle ressemble à ma femme qui est censée être morte. »

Trois jours plus tard, le téléphone sonna.

« Olivier, dit le détective, je ne crois pas que votre femme soit morte dans cet accident. »

Un froid le traversa. « Expliquez-vous. »

« Les caméras de circulation montrent une autre personne au volant. Votre femme était à côté, mais les restes nont jamais été formellement identifiés. La carte didentité sur le corps était la sienne, les vêtements correspondaient, mais pas les empreintes dentaires. Et votre serveuse ? Le vrai nom dAnna est Élodie Lenoir. Elle la changé six mois après laccident. »

La pièce sembla basculer. Élodie. Vivante. Cachée.

Respirant.

Pourquoi ?

Le lendemain matin, Olivier retourna seul au café. Quand elle laperçut, ses yeux sécarquillèrent, mais elle ne prit pas la fuite. Elle chuchota quelque chose à un collègue, détacha son tablier et fit un signe vers la porte arrière.

Derrière le café, sous un vieil arbre tordu, ils sassirent sur une marche en béton. Elle pleurait déjà quand il arriva.
« Je voulais te protéger », dit-elle, la voix brisée. « Ils me cherchaient. Ceux qui ont saboté la voiture. Je pensais que disparaître était la seule façon. »
Olivier ne bougeait pas. Il la regardait, comme sil la reconstruisait morceau par morceau.
« Pourquoi ne pas avoir appelé ? Mavoir prévenu ? »
Elle secoua la tête. « Chaque fois que je lai presque fait je voyais ton visage à lenterrement. Tu avais tellement de chagrin. Et Louise elle tavait toi. Je ne voulais pas tout détruire en revenant comme un fantôme. »
Un silence. Puis, lentement, il prit sa main.
« Tu es son fantôme tous les jours », murmura-t-il. « Tu es le mien. »
Et pour la première fois depuis deux ans, il sentit quelque chose en lui se remettre lentement en place.

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