Quelle aventure incroyable, maman ? L’histoire d’un chien adopté.

Maman, quastu bien pu faire? la fille criait presque dans le combiné. Un toutou du refuge, vraiment?! Et en plus vieux et malade. Tu as perdu la tête! Tu nallais pas reprendre la danse?
Nadine Lefèvre se tenait près de la fenêtre, regardant les flocons tourbillonner avant de se déposer sur les toits et les branches. Cette scène était devenue son rituel ces derniers temps. Avant, elle attendait le retour tardif de son mari, épuisé, la voix rauque. La cuisine baignait dans une lumière tamisée, le dîner posé sur la table, les conversations accompagnées dune tasse de thé
Peu à peu, les sujets sépuisaient, son époux rentrait toujours plus tard. Il fuyait son regard, ses réponses devenaient brèves. Un jour
Nadine, il faut que je te dise jai rencontré une autre femme. Nous nous aimons et je veux divorcer.
Comment? Le divorce et moi, questce qui mattend? Nadine ressentit une vive douleur sous lomoplate.
Nadine, nous sommes adultes. Les enfants sont grands, ils ont leur vie. Nous avons partagé près de trente ans. Mais nous restons jeunes. Regardetoi, regardemoi, on vient tout juste de franchir la cinquantaine. Je veux du neuf, du frais!
Alors, je suis le passé, obsolète murmurat-elle, perdue.
Nexagère pas. Tu nes pas vieille Mais je me sens comme une trentenaire, loin dici. Pardonnemoi, je veux être heureux, il lembrassa sur le sommet de la tête et se dirigea vers la salle de bain.
Il lavait les souvenirs de leur mariage tandis que Nadine portait le fardeau dune mélancolie universelle La trahison. Quy atil de plus amer?
Le temps sécoula sans quelle sen rende compte le divorce, son mari parti pour une nouvelle existence. Nadine sombra dans une routine grise. Elle avait vécu pour ses enfants, pour lui. Leurs soucis étaient les siens, leurs joies, ses réussites. Et maintenant?
Elle passait des heures à la fenêtre. Parfois, elle scrutait un petit miroir de poche légué par sa grandmère. Elle y voyait un regard triste, une larme parmi les rides naissantes, quelques cheveux gris à la tempe.
Nadine craignait le grand miroir.
Maman, tu devrais toccuper, la voix pressée de sa fille la pressait.
Quoi, ma chérie? la voix terne de sa mère se perdait dans le bruit des fils téléphoniques.
Je ne sais pas. Lire, danser «pour les plus de», aller aux expositions.
Oui, oui «pour les plus de». Moi, jai déjà plus de Nadine peinait à se ressaisir.
Oh, maman, désolée, je nai pas le temps.
Son fils, Louis, semblait mieux comprendre la tristesse de sa mère:
Maman, je suis vraiment désolé pour ce qui sest passé. On aimerait venir te voir avec Isabelle, peutêtre pour le Nouvel An. Tu verras, ça te fera plaisir.
Nadine aimait ses enfants, mais sentait quils sétaient éloignés
Un soir, en scrollant les réseaux, elle découvrit une annonce:
«Journée portes ouvertes au refuge canin. Venez avec vos enfants, amis, famille. Nos animaux seront ravis de rencontrer leurs nouveaux visiteurs! Rendezvous à ladresse»
Il était précisé que les bénévoles acceptaient couvertures, linge de lit, serviettes
Nadine lut lannonce plusieurs fois.
Couvertures, plaids, vieux linge, serviettes. Jai justement un tas à trier. Je crois que jai de quoi leur donner, murmuraitelle dans la nuit.
Debout à la fenêtre, elle réfléchissait à ce quelle pouvait encore soffrir avec son budget serré.
Dix jours plus tard, elle se tenait devant le refuge, les bras chargés de dons. Le chauffeur de taxi laida à décharger les sacs remplis de couvertures et de chiffons, tira un tapis enroulé, une autre couverture.
Les bénévoles guidaient les visiteurs pour déposer les ballots de linge, les sacs de nourriture, les paquets de cadeaux destinés aux chiens.
Plus tard, les participants furent répartis en groupes pour parcourir les enclos, découvrant lhistoire de chaque résident de ces cages tristement silencieuses
Épuisée, Nadine rentra chez elle. Ses jambes ne lui répondaient plus.
Douche, dîner, canapé. Je repenserai à tout ça plus tard, se ditelle.
Mais le «plus tard» narriva jamais. Les images tournaient encore dans son esprit les gens, les cages, les chiens.
Et leurs yeux
Des yeux quelle avait déjà aperçus dans son petit miroir, remplis de tristesse et de méfiance envers le bonheur.
Une chienne âgée, grisonnante, la toucha particulièrement. Elle était très triste, muette dans un coin.
Voici Lady. Cest un Chien japonais. Son ancien maître la abandonnée très tard dans sa vie. Lady a déjà douze ans.
On raconte quavec de bons soins, ils peuvent atteindre quinze ans. Mais Lady est vieille, malade, mélancolique. Personne ne veut delle, soupira la bénévole avant de poursuivre la visite.
Nadine resta près de Lady. Le chien ne réagit pas à sa présence, allongé sur une vieille couverture, tel un jouet usé
Toute la semaine au travail, elle repensait à la pauvre chienne. Des forces insoupçonnées séveillèrent en elle, redonnant de lénergie à ses journées.
Lady, je te ressemble. Je ne suis pas si vieille, mais je suis seule. Mes enfants sont partis, mon mari ma laissé comme un paillasson. Mais je ne suis pas un paillasson! se ditelle.
Déterminée, elle appela le refuge.
Bonjour! Jétais à votre journée portes ouvertes. Vous maviez parlé de Lady, la vieille chienne. Vous souvenezvous? demandatelle avec espoir.
Oui, bien sûr, je men souviens. Vous êtes la seule à vous être arrêtée près de son enclos.
Puisje la revoir, sil vous plaît?
Lady? Incroyable! Bien sûr, venez! Vous pouvez passer ce weekend, proposa la bénévole.
Ce soir-là, Nadine était à la fenêtre, mais cette fois sans mélancolie. Elle observait un homme dans sa cour jouer avec un gros chien.
Le toutou courait en cercle, ramenant sans cesse une balle à son maître, qui le caressait tendrement.
Le weekend approchait.
Bonjour, Lady! Nadine saccroupit près du chien, mais il resta immobile.
Elle sassit sur le sol, en vieux jean apporté pour la visite.
Après un moment, elle commença à parler
Elle décrivit sa vie, ses enfants, la solitude dun grand appartement désormais vide.
Une heure passa. Elle glissa doucement sa main sur la tête de Lady et la caressa en soupirant.
Encouragée, elle poursuivit ses gestes mesurés, et Lady posa sa tête sous sa main. Un lien se créa.
En partant, Nadine croisa un regard attentif, des yeux marron, qui semblaient demander: étaitce une rencontre unique ou?
Attendsmoi, je reviens vite, murmuratelle au chien, refermant la cage avant daller vers la bénévole.
Alors, comment ça sest passé? demandatelle avec un sourire.
Je je veux ladopter lémotion la laissa sans souffle.
Juste comme ça ?
Oui, réponditelle. Vous dites que peu despoir reste pour ces vieilles dames. Je veux lui offrir une chance.
Nadine, je dois vous avertir. Lady est malade, elle demandera des soins constants si vous voulez prolonger sa vie. Cela prendra du temps, de lénergie et de largent.
Je comprends. Jai élevé deux enfants merveilleux. Je pense pouvoir gérer. Donnonslui une chance, Nadine était résolue.
Daccord. Je prépare le contrat. Nous suivrons discrètement la vie de nos protégés. Vous savez, les gens sont variés.
Bien sûr. Tout ce que vous voudrez. Photos, appels vidéo, rendezvous chez le vétérinaire, je vous tiendrai informés.
Quelques heures plus tard, Nadine rentra chez elle, Lady enveloppée dans une serviette. Elle la posa sur le sol.
Voilà, Lady. Cest ta nouvelle maison. Apprenons à vivre ensemble.
Nadine prit quelques jours de congé pour soccuper delle: vétérinaires, examens, soins, coupe des griffes, retrait de dents abîmées
Lady se montra très bien élevée. Nadine installa des alèses pour les besoins éventuels.
Elles sortaient tôt le matin, tard le soir, évitant les voisins afin que Lady sacclimate sans crainte.
Maman, questce que tas fait? Tu vas bien? la fille cria presque.
Oui, je vais bien. Merci de ten préoccuper.
Maman, quel chien du refuge, bon sang?! Vieux et malade. Tu es folle! Tu ne pouvais pas reprendre la danse?
Ma chérie, ta mère est encore jeune. Jai cinquantetrois ans, en forme, jolie, indépendante. Ce nest pas ce que je tai enseigné! répliqua Nadine.
Mais, maman
Pas de «mais» Tu as ta vie, ton frère Louis est loin aussi. Et ton père ma quittée pour une demoiselle qui vient tout juste du lycée. Apprends à respecter mes décisions.
Nadine raccrocha, soupira et alla à la cuisine, désireuse dun café.
Maman, tu mépates! Je naurais jamais imaginé! Tu es incroyable! Adopter un chien du refuge, cest admirable. Mais aurastu la patience? lencouragea son fils, étonné.
Louis, je vous ai élevés, toi et ta sœur. Jy suis arrivée, rit Nadine. Jy arriverai. Le refuge a promis de maider si besoin.
Elle ne mentionna ni à son fils ni à sa fille quelle avait rencontré un homme lors de leurs promenades nocturnes. Un certain Philippe, divorcé, dont la femme était partie vivre à létranger avec un nouveau mari. Il avait aussi accueilli un chien
Et devinez doù venait ce chien?
Effectivement, Philippe avait trouvé Axel au refuge. Axel, attrapé par la fourrière, était un grand chien de race pure, errant paniqué en ville avant dêtre capturé.
Les recherches des anciens propriétaires, malgré son tatouage, navaient rien donné. Philippe sinstalla avec Axel, sadaptant aux nouvelles circonstances
Maman, avec Isabelle, on peut venir te voir? Je veux la présenter sans attendre. Elle est aussi folle que toi!
Nadine riait des paroles de son fils.
Venez donc, mon fils. Nous vous attendons.
Le 31 décembre, lorsquon sonna à la porte, deux chiens furent alertés Philippe et Axel étaient venus voir Nadine et Lady.
Son fils, voyant cette joyeuse compagnie, sexclama:
Maman, je ne tattends pas jusquau soir, je te le dis maintenant. Voici Isabelle. Je laime et bientôt tu seras grandmère.
Et aussi on veut adopter un chien du refuge. Mais dabord, peutêtre un petit. Après tout, le bébé arrive bientôt
Cette nuit-là, aucune fenêtre ne semblait triste les vœux, la musique, les rires remplissaient la ville et le monde entier.
Même au refuge, les chiens et chats encore sans famille ressentaient une attente joyeuse
Soyons tous heureux!
Et à vous, chers amis, un immense salut et félicitations de la part de mon cher Filou. Jespère quil ne se souvient plus de sa vie passée au refuge.
Car il goûte à la joie et se baigne dans notre amour!
Je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur!

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