Une bonne histoire ne saurait se passer d’amour

Une bonne histoire ne se raconte pas sans amour.

La petite Élodie, huit ans, revenait de lécole lorsquune envie soudaine de voir sa mère la submergea. Celle-ci vivait dans un village voisin. Au lieu de rentrer chez son père et sa grand-mère, elle bifurqua vers larrêt de bus, attendit patiemment et monta à bord.

« Pourquoi maman est-elle comme ça ? Elle na pas voulu rester avec papa, pourtant il est gentil. Jai déjà vécu avec elle, mais je naimais pas quand elle me laissait seule ou ramenait ce type, Théo, à la maison, tous les deux ivres. Même si je suis bien avec papa et mamie, maman me manque. »

Élodie descendit du bus et se dirigea vers la maison de sa mère. En approchant, elle laperçut assise sur un banc, visiblement éméchée.

« Oh, ma puce ! Doù viens-tu ? » lui lança Irène en lenlaçant.

« Maman, tu mas manqué », murmura la fillette en se blottissant contre elle.

Après quelques banalités échangées, Irène demanda :

« Élodie, tu as de largent ? »

« Juste pour le bus du retour. »

« Cest tout ? À quoi bon venir, alors ? Jai besoin de sous, tu ne comprends pas ? »

« Mais je nen ai pas, maman. »

« Bon, retourne chez ton père, alors. On sest vues, ça suffit. »

Sur ce, Irène repéra une femme plus loin et partit en courant, laissant Élodie plantée au milieu de la rue, le cœur serré. Elle comprit alors quelle ne comptait pas pour sa mère. Il ne lui restait que son père, Olivier, et sa grand-mère. Bouleversée, elle séloigna dans la mauvaise direction, confondit un bosquet avec une forêt et senfonça en pleurant

Olivier et Irène sétaient rencontrés à la fête du village, où elle était venue danser avec ses copines. Il lavait tout de suite remarquée et ne lavait plus lâchée de la soirée. Irène, elle non plus, ne disait pas non.

Tout lautomne, Olivier fit des allers-retours en mobylette pour la voir. Quand lhiver arriva, il la demanda en mariage.

« Irène, épouse-moi. Jen ai assez de faire la navette. On vivra chez moi. Ma mère est gentille, tu tentendras bien avec elle. »

Elle neut pas besoin dêtre convaincue. Elle aussi voulait se marier, cétait dailleurs pour ça quelle était venue dans ce village chez elle, aucun prétendant ne lui convenait.

« Daccord, je veux bien », répondit-elle simplement. Olivier était aux anges : il aurait une jolie femme.

Après le mariage, ils emménagèrent chez la mère dOlivier. La belle-mère accueillit Irène comme sa propre fille, sans un mot de reproche. Un an plus tard, naquit Élodie, la petite-fille chérie dAnne. Tout semblait aller bien, jusquà ce quOlivier remarque que sa femme supportait mal la maternité.

« Ça passera, mon fils, cest le baby blues », le rassurait Anne.

Mais Irène changea du tout au tout quand Élodie eut trois ans. Elle se mit à sortir avec ses amies, rentrait ivre, sennuyait de la routine. Olivier espérait encore quelle retrouverait ses esprits, mais les choses empirèrent.

« Je vais chez Nathalie pour son anniversaire », annonça-t-elle un soir.

« Bien sûr », acquiesça-t-il, comprenant quelle étouffait à la maison.

Elle ne rentra pas de la nuit. Elle réapparut au petit-déjeuner, titubante.

« Oh, vous ne dormez pas ? » marmonna-t-elle avant de sécrouler sur le lit, habillée.

Olivier ignorait quIrène avait déjà un penchant pour lalcool. Dans son village, on savait quelle suivait les traces de sa mère. Mais personne ne lui en parla, et lui ny retourna jamais après le mariage.

Élodie grandissait, sans que sa mère ne soccupe delle. Olivier commençait à douter de son amour pour Irène. Un jour, elle partit dans son village et disparut une semaine.

« Papa, où est maman ? » demandait Élodie.

« Chez elle »

« Ramène-la, papa. »

Un dimanche, il sy rendit. Elle nétait pas chez elle. Sa propre mère lui apprit :

« Elle est chez Théo, là-bas. »

En entrant, il découvrit un groupe ivre, Irène perchée sur les genoux de Théo, riant aux éclats.

En voyant son mari, elle bredouilla :

« Oh, Olivier, cest pas ce que tu crois Tant mieux que tu sois venu, tu mas manqué »

Elle resta sobre une semaine, comme transformée. Olivier hésitait à lui pardonner, mais finit par le faire, pour Élodie. Il ne comprenait pas que lalcool était plus fort. Dix jours plus tard, Irène recommença, pire encore. Elle cria dans la cour :

« Vous me fatiguez tous ! Toi, ta mère Et Élodie, je nen veux plus ! Assez de jouer les bonnes mères ! »

Ce fut la goutte deau. Olivier décida de protéger sa fille. Irène repartit, mais revint deux semaines plus tard et emmena Élodie de force. Le lendemain, Olivier se rendit chez elle, mais elle refusa de rendre lenfant. Il alla alors voir les services sociaux.

Ils trouvèrent Irène ivre, endormie avec Théo, tandis quÉlodie regardait tristement par la fenêtre.

La fillette fut confiée à Olivier. Il divorça et fit retirer les droits parentaux dIrène.

Un jour, de retour de la ville, Olivier annonça :

« Je suis là, maman ! Jai faim Élodie, regarde ce que je tai acheté ! »

Anne mit le couvert, Élodie sauta de joie dans les bras de son père. Anne le regarda, inquiète. Il sourit et hocha la tête. Elle soupira, soulagée.

« Maman, pas besoin de tout sortir, on va exploser ! » plaisanta-t-il.

Mais Anne saffairait, songeant que son fils, bien quâgé de trente-trois ans, portait désormais seul le poids délever sa fille.

Plus tard, elle demanda :

« Alors, comment ça sest passé ? Qua dit lavocat dIrène ? »

« Que pouvait-il dire ? Elle est arrivée ivre, à peine capable de parler. Le juge na pas hésité une seconde. »

Anne soupira. « Elle la bien cherché. Une mère toujours saoule, quest-ce quelle peut offrir à sa fille ? »

Élodie vivait heureuse avec son père et sa grand-mère, ne pensant plus guère à sa mère. Anne savait quune mère comptait, mais pas une mère comme Irène.

Agathe, vingt-six ans, adorait la nature. Elle partait souvent seule en forêt cueillir des champignons, même si elle sy perdait parfois. Elle navait pas peur : son grand-père, ancien garde forestier, lui avait appris à survivre.

Un après-midi de septembre, en pleine cueillette, elle se rendit compte quelle était perdue.

« Bon, je vais faire un abri au cas où. On me cherche peut-être déjà. »

Le soleil déclinait. Soudain, un craquement. Elle se retourna : une petite fille tremblante, en larmes.

« Qui es-tu ? » demanda Agathe.

« Élodie Je suis perdue »

« Pleurer ne sert à rien. Où habites-tu ? »

Agathe alluma un feu. Élodie lui raconta tout.

« Mon papa et mamie doivent me chercher Je suis allée voir maman »

Agathe comprit où elles se trouvaient.

« On partira demain matin. »

Au petit jour, elles entendirent des voitures.

« Élodie, on y est presque ! »

Pendant ce temps, Olivier, fou dinquiétude, était allé chez Irène, qui ne se souvenait même plus de la visite dÉlodie.

Sur la route, Agathe et Élodie furent arrêtées par une voiture.

« Papa ! » sécria la fillette.

Olivier, tendu, interrogea Agathe avec brusquerie.

« Qui êtes-vous ? Où avez-vous pris ma fille ? »

« Papa, elle ma sauvée ! »

« Bon, on va au commissaire. »

« Voilà comment on remercie les gens », murmura Agathe en montant dans la voiture.

Plus tard, devant le commissariat, Olivier, gêné, sexcusa :

« Je te ramène chez toi. En attendant, viens à la maison, mamie doit être inquiète. »

Agathe sourit, comprenant sa réaction. Elle savait déjà son histoire. Et elle sentait que cette rencontre ne sarrêterait pas là.

Elle avait raison. Six mois plus tard, Olivier et Agathe se marièrent. Élodie était la plus heureuse.

Car une bonne histoire ne se raconte pas sans amour.

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