L’Alliance d’un Autre

**Lanneau dune autre**

Aujourdhui, le travail sest accumulé en urgence, et même la pause déjeuner nétait plus envisageable. Puis, le téléphone a sonné. Cétait maman.

« Quoi, maman ? Parle vite, je suis débordée », ai-je répondu en hâte.

« Ma chérie » Sa voix était faible, comme lointaine. « Je ne me sens pas bien »

Jai cru que la ligne était trop mauvaise, mais un gémissement ma glacée.

« Maman, je ne tentends pas bien ! Jarrive tout de suite ! » Jai attrapé ma veste et me suis précipitée hors du bureau.

« Couvre-moi, sil te plaît », ai-je lancé à ma collègue avant de menfuir.

Ce nest quune fois dehors que jai remarqué mes escarpins de bureau. Trop tard pour revenir. Jai couru vers la voiture, les clés de lappartement de maman déjà en main. Jai roulé comme une folle, grillant des feux. Quimporte lamende, il fallait que jarrive à temps.

En entrant dans lappartement, je lai trouvée affaissée sur le canapé, les mains crispées sur sa poitrine.

« Cest le cœur, maman ? » Elle a entrouvert les yeux, grimacé, et jai appelé le SAMU.

Jaurais pu la conduire moi-même à lhôpital, mais dans son immeuble sans ascenseur, avec ces escaliers Impossible. Et les voisins ? Trop vieux ou absents en pleine journée.

En attendant les secours, je lai caressé lépaule en murmurant : « Tout ira bien. » La porte est restée ouverte. Quand les urgentistes en bleu sont arrivés, jai bredouillé la situation.

Le médecin a pris son pouls, vérifié sa tension.

« On lemmène. Trouvez ses papiers. »

« Qua-t-elle, docteur ? »

« Crise cardiaque, probable infarctus. » Il a secoué la tête.

Bientôt, le brancard est arrivé. Je voulais laccompagner, mais le médecin ma refusée. « Appelez lhôpital plus tard. »

Je suis retournée au travail. La pause était terminée depuis longtemps, et si mon absence était remarquée Jai pris les ruelles pour éviter les feux. En rejoignant la route, un choc : la voiture tirait dun côté. Une roue à plat.

Parfait. Je me suis arrêtée, sortie. La roue de secours était lourde, et mes escarpins ridiculeaient toute tentative. Jétais au bord des larmes.

Un 4×4 sest garé à côté. Un homme en est sorti, a vu la roue, mes chaussures, et a compris.

« Vous avez une roue de secours ? »

Jai hoché la tête, soulagée. Il sest mis au travail.

« Rentrez dans la voiture, vous allez avoir froid », a-t-il dit sans me regarder.

Effectivement, lautomne était frais, et la pluie commençait. Jai appelé Antoine, mais il na pas répondu.

Lhomme a terminé, remis la roue dans le coffre.

« Faites réparer la crevaison. »

« Combien je vous dois ? »

« Où allez-vous avec ces escarpins ? » a-t-il ironisé.

« Ma mère est malade. Tenez, des lingettes. »

« Elle va mieux ? »

« Le SAMU la emmenée. Merci. »

« De rien. Bon rétablissement à elle. »

De retour au bureau, jai croisé ma supérieure.

« Diane, vous rentrez seulement maintenant ? Un autre retard et ce sera un avertissement. »

Jai soupiré.

Jai appelé ma meilleure amie, infirmière dans cet hôpital. Elle ma rappelé une demi-heure plus tard : crise stabilisée, pas dinfarctus, maman sous perfusion en réanimation.

« Et toi, ça va ? »

« Jai fui le boulot, crevé un pneu, Antoine injoignable »

« Courage. »

Antoine na jamais rappelé. À la maison, il était devant son ordinateur.

« Où étais-tu ? Je tai appelé cent fois ! »

« Au travail. Réunion. Jai coupé le son. Quy a-t-il ? »

« Ma mère a eu une crise cardiaque ! Jai crevé un pneu ! »

« Fais attention en conduisant. Et ta mère ? »

On sest réconciliés, mais langoisse persistait.

***

On sétait rencontrés il y a deux ans dans un café.

« Le type là-bas te dévore des yeux », avait chuchoté mon amie.

Il était venu à notre table avec un sourire qui mavait coupé le souffle.

On avait parlé, marché, je suis tombée amoureuse. Deux semaines plus tard, il emménageait.

Jattendais une demande en mariage. Il disait : « Vivre chez toi est une chose, y venir comme mari en faisant autre. » Il voulait dabord acheter un appartement. Deux ans passèrent.

Maman me tannait : « Sil ne tépouse pas maintenant, il ne le fera jamais. »

Un week-end, en rangeant, jai remarqué une bosse dans la poche de sa veste. Une boîte à bijoux rouge. Un anneau avec un diamant étincelant.

Mon cœur a battu. Il lavait acheté pour moi ! Je lai essayé, admiré, puis remis en place.

Le lendemain, il avait disparu. Peut-être lavait-il caché ailleurs.

Enfin, mon anniversaire arriva. Antoine a levé son verre, ma offert une boîte mais pas de demande.

« Ouvre-la ! » a insisté mon amie.

Des boucles doreilles.

Jai demandé pour lanneau.

« Un ami me la confié pour sa copine. Tu fouilles mes poches, maintenant ? Si tu veux un anneau, on ira demain. »

« Daccord. »

Le lendemain, chez le bijoutier, la vendeuse a lâché :

« Lanneau que vous avez acheté ne lui plaît pas ? »

Antoine a bafouillé. Je suis partie en larmes.

Il ma appelée, mais jai éteint mon téléphone.

Plus tard, arrêtée en voiture, jai entendu frapper à la vitre.

« Encore une crevaison ? »

Cétait lhomme du 4×4. En voyant mes larmes, il ma emmenée boire un café.

« Peut-être vous trompez-vous ? » a-t-il dit.

« Peu importe. Sil avait voulu mépouser, il laurait fait. »

Il ma offert une glace.

« Ça maidait toujours, enfant. »

***

Antoine et moi, cétait fini.

Lhomme du 4×4, Théo, est revenu dans ma vie. Cinéma, week-end à Lyon, à Bordeaux Jai appris à lui faire confiance.

Quatre mois plus tard, il ma offert un anneau. Un petit diamant, mais donné avec le cœur.

Je le porte toujours.

Parfois, je me demande : combien de temps Antoine maurait menti si je navais pas trouvé cet anneau destiné à une autre ?

Peut-être vaut-il mieux ne jamais ouvrir certains placards et surtout pas fouiller dans les poches des autres.

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