La belle-mère éclata dune voix forte : « Écoute, tu nauras pas cet appartement. » Ma belle-mère était la plus bruyante de toutes, elle rugit : « Écoute bien, tu nauras pas cet appartement. Je ne sais pas comment tu tes « occupée » du grand-père, ni par quelle ruse tu las convaincu de te léguer lappartement, mais tu ne lauras pas. Deuxièmement, tu vas disparaître de la vie de mon fils. Enfin, il a trouvé une jolie fille dune famille respectable. Alors, toi et tes enfants, vous allez vous effacer. Tout est clair ? »
Pendant dix ans, jai pris soin du grand-père de mon mari, vivant en location avec mes enfants. La sœur de mon mari, Élodie, vivait avec ce même grand-père. Ma belle-mère navait même pas le temps pour son propre mari ils ne se parlaient plus. Je navais pas fait détudes supérieures, je navais pas construit de carrière. Tout mon temps libre était consacré au vieil homme et aux enfants.
Mon mari me trompait sans cesse, et la situation familiale le stressait. Les autres femmes navaient pas dintentions sérieuses un homme avec des enfants et sans patrimoine, alors il revenait toujours vers moi. Je pardonnais, pour les enfants. Nous navions pas acheté notre propre appartement lessentiel de nos revenus partait dans le loyer et les soins du grand-père. Quand Élodie venait, cétait seulement pour demander une partie de sa pension, en se plaignant de ses problèmes dargent. Malgré tout, cette situation nous permettait de partir en vacances en famille chaque année et de changer de voiture de temps en temps.
Il y a cinq ans, le grand-père ma légué son appartement. Il ma dit :
« Tu es devenue plus proche de moi que toute ma famille réunie. Mon petit-fils est un traître, il donnerait lappartement à sa mère ou à sa sœur. Que mes arrière-petits-enfants vivent mieux. Tu auras ta récompense pour ton travail. Comme ça, tu ne diras pas plus tard que tu as gâché ta vie. »
Personne ne savait pour le testament : moins les gens en savent, mieux ils dorment. Quand le grand-père est tombé plus gravement malade, la famille sest soudain activée. Ils ont commencé à lui rendre visite, à sintéresser à sa santé. Ils ont même proposé de laider à soccuper de lui, pour la première fois depuis des années ! Le grand-père nétait pas stupide, il savait très bien ce quils voulaient. Il a accueilli leur soudain intérêt avec un sourire et un clin dœil pour moi.
Enfin, jai eu du temps libre. Tu ne peux pas imaginer ce que cest que de se promener seule dans Paris : sans les enfants, sans la poussette du grand-père. Je me sentais libre. Le grand-père na pas vécu longtemps. Jai sincèrement regretté ce vieil homme courageux. Les disputes pour lhéritage ont commencé presque aussitôt. Ma belle-mère et Élodie ont mis la pression sur mon mari :
« Tu vas donner lappartement à Élodie. Elle y vit depuis des années, cest chez elle. Ensuite, tu auras lappartement de ta mère. Tu nas quà renoncer à lhéritage. Tu auras tout mais plus tard. »
Mon mari a cru aux promesses de sa mère et a accepté de ne pas réclamer lappartement. Je ne prenais pas au sérieux ses promesses : la mère de mon mari ne sintéressait à rien dautre quà Élodie et ses enfants. Ça me rendait triste davoir passé dix ans à moccuper du grand-père pour quau final, personne ne le veuille sauf pour son argent.
Je respectais la sagesse du grand-père. Il était allé chez le notaire bien à lavance.
Ce soir-là, mon mari est rentré du travail et a commencé à faire ses valises.
« Où vas-tu ? » ai-je demandé.
« Jen ai marre. Je me sépare de toi et des enfants. Jai vécu avec toi pour que tu toccupes de mon grand-père. Maintenant quil nest plus là, cest ton problème. Je ne veux plus payer de loyer. Jai une autre femme depuis longtemps. » Il est parti avec un geste de la main, comme pour dire « ciao ».
Bon. Jai commencé à préparer notre déménagement et à chercher du travail. Quelques jours plus tard, toute la famille de mon mari est arrivée. Élodie, son mari, leurs enfants. Ils criaient, maccusaient, se coupaient la parole. Ma belle-mère était la plus forte, elle a hurlé :
« Tout le monde se tait ! Et toi, écoute bien ! Dabord, tu nauras pas lappartement. Je ne sais pas comment tu as manipulé le grand-père, mais tu ne lauras pas. On prouvera que tu es une escroc. Ensuite, tu vas disparaître de la vie de mon fils. Il a enfin trouvé une jolie fille dune bonne famille, ils auront bientôt un enfant. Donc, toi et tes enfants, vous allez vous effacer. Tout est clair ? Je répète : tu rendras lappartement à ma fille, et tu laisseras mon fils tranquille ! »
« Vous savez ce que jai compris ? Que je pouvais très bien vous sortir de ma vie. »
Jai fermé la porte, ignorant leurs cris. Mes enfants et moi, nous allions avoir une vie normale : javais trouvé un travail, nous avions un appartement. Je suis tellement reconnaissante envers le grand-père. Mon mari a disparu de notre vie, et nous vivrons heureux. Je suis sûre que tout ira bien.



