Hélène, dis-moi franchement, tu ne trouves pas que cette coupe ne me va pas du tout ? demanda Élodie en ajustant sa frange devant le miroir du salon de coiffure, un regard inquiet vers son amie.
Mais non, tu es magnifique ! Tu es superbe, la rassura Hélène, mais une petite note étrange perçait dans sa voix. Vraiment, ça te rajeunit.
Élodie se tourna vers lesthéticienne et régla laddition. Dans le miroir, le visage dune femme de quarante ans aux cheveux courts, qui la rajeunissait effectivement, se reflétait. Pourtant, cela ne lui apportait aucune joie.
On va prendre un café ? proposa Hélène en sortant. Il y a un nouveau salon pas loin.
Bien sûr, accepta Élodie. Mais vite, jai encore le dîner à préparer.
Elles sinstallèrent près de la fenêtre. Hélène commanda un cappuccino avec une pâtisserie, Élodie se contenta dun thé simple.
Dis, et Guillaume, comment il a réagi à ta nouvelle coupe ? demanda Hélène en remuant son café.
Je ne sais pas, haussa les épaules Élodie. Il ne remarque jamais ce que je fais. Hier, jai enfilé une nouvelle robe, il na même pas regardé.
Vraiment ? Hélène se pencha. Je croyais que tout allait bien entre vous.
Comment dire Élodie réfléchit. On vit comme des colocataires. Lui au travail du matin au soir, moi à la maison. Le weekend, il est avec ses amis à la pêche ou devant le foot. Et moi, je fais le ménage ou je vais chez ma mère.
Élodie, quand est-ce que vous êtes sortis ensemble pour la dernière fois ? Théâtre, ciné, juste une balade ?
Élodie essaya de se souvenir, mais rien ne lui vint.
Franchement ? Je ne me rappelle plus. Peut-être il y a trois mois, pour lanniversaire de Sophie. Et encore, on était chacun dans notre coin toute la soirée.
Hélène secoua la tête avec compassion.
Ah, ma pauvre. Pourtant, avant, il te courait après comme un chat. Tu te souviens, à la fac ? Fleurs tous les jours, poèmes
Oui, cétait ça, sourit tristement Élodie. Mais ça fait vingt ans. Les gens changent.
Pas tous, contesta Hélène. Tiens, mon Matthieu, cest toujours un romantique. La semaine dernière, il ma acheté des billets pour lopéra. Il dit quil a besoin de culture.
Élodie regarda son amie et pensa quelle avait vraiment lair heureuse. Des yeux brillants, un sourire satisfait. Pourtant, elles avaient le même âge, se connaissant depuis le CP.
Tu as de la chance avec ton mari, dit Élodie.
La chance na rien à voir, coupa Hélène en croquant dans sa pâtisserie. Il faut juste savoir se mettre en valeur, ne pas se laisser aller. Et désolée dêtre franche, mais toi, tu tes complètement négligée.
Comment ça ? salarma Élodie.
Regarde-toi honnêtement. Robes de chambre, pulls informes, pas de maquillage. Quand es-tu allée en salle de sport pour la dernière fois ?
Élodie sentit le sang lui monter aux joues. Oui, elle avait pris dix kilos ces dernières années. Oui, elle ne prenait plus autant soin delle. Mais entre la maison, le travail, les obligations
Hélène, je ne suis pas mannequin pour être toujours sur un podium.
Ce nest pas une question de podium. Cest quun homme doit voir une femme à ses côtés, pas une bonne. Réfléchis, peut-être que Guillaume sest éloigné parce quil na plus une épouse, mais enfin, tu vois.
Hélène ne termina pas, mais Élodie comprit. Pas une épouse, mais une domestique. Cuisine, ménage, lessive, et rien dintéressant par ailleurs.
Bon, ne tinquiète pas, tapota Hélène sa main. Tout peut sarranger. Reprends-toi, travaille ta silhouette, ta garde-robe. Tu verras, ton mari te regardera autrement.
Élodie hocha la tête, le cœur serré. Donc, cétait sa faute si leur mariage battait de laile ? Si son mari était devenu indifférent ?
En rentrant, elle sarrêta acheter un nouveau rouge à lèvres et du mascara. À la maison, elle se maquilla et enfila sa meilleure robe.
Guillaume rentra vers vingt heures. Il vit la table dressée, sa femme en robe et maquillée, et sétonna.
On a des invités ? demanda-t-il en se lavant les mains.
Non, comme ça. Javais envie dun dîner élégant.
Daccord, fit-il en attaquant son assiette. Cest une nouvelle coupe ?
Oui, aujourdhui. Ça te plaît ?
Guillaume leva les yeux, lobserva.
Pas mal. Plus court.
Et cest tout. Pas de compliments, pas denthousiasme. Élodie sentit la déception, mais ne la montra pas.
Guillaume, et si on sortait ce weekend ? Ça fait longtemps.
Impossible. Jai promis aux gars daider Matthieu à construire un abri de jardin.
Matthieu ? Le mari dHélène ?
Oui. Pourquoi ?
Comme ça.
Élodie débarrassa, et son mari sinstalla devant la télé. Une soirée ordinaire dans un foyer ordinaire. Pas de vraies conversations, pas dintimité.
Le lendemain, au travail, elle narrivait pas à se concentrer. Elle repensait aux mots dHélène. Peut-être avait-elle raison ? Peut-être sétait-elle vraiment négligée, et son mari ne la voyait plus comme une femme ?
À la pause déjeuner, elle acheta une tenue de sport et sinscrivit à une salle près de chez elle.
Le soir, elle en parla à Guillaume.
Cest bien, approuva-t-il. Bon pour la santé.
La santé, pas la silhouette. Élodie grimaca intérieurement.
Elle suivit les cours pendant un mois. Trois fois par semaine après le bureau, elle transpirait sur les machines et en danse. Les résultats étaient là : plus tonique, cinq kilos en moins, une légèreté retrouvée.
Tu es superbe ! sexclama Hélène lors de leur prochain café. Tu vois, je te lavais dit. Et Guillaume, il a réagi comment ?
Pas grand-chose, avoua Élodie. Une fois, il a dit que javais bonne mine. Cest tout.
Bizarre. Peut-être quil a besoin dun électrochoc ?
Quel électrochoc ?
Hélène se pencha, chuchota :
La jalousie. Rien de mieux. Montre-lui que dautres hommes sintéressent à toi.
Hélène, quoi ? Je suis mariée !
Et alors ? Pas question de tromper. Juste un peu de coquetterie, dattention. Quil comprenne quil peut te perdre.
Élodie secoua la tête. Ces jeux nétaient pas pour elle. Elle était honnête et directe.
À la maison, la routine continuait. Dîner, télé, lit. Guillaume semblait ne rien remarquer. Toujours poli, mais distant.
Un soir, Hélène lappela.
Élodie, tu es chez toi ? Je peux passer ? Il faut quon parle.
Bien sûr, viens.
Hélène arriva une demi-heure plus tard, agitée, presque désemparée.
Quest-ce qui se passe ? sinquiéta Élodie.
Oh, ma chérie, quelle histoire




