**Mon Journal, 15 Juillet**
*”Élodie, ne prends pas trop de mal. Emballes-nous juste ta fameuse tarte et quelques pots de confiture pour la route”,* lança Théo en sétirant avec ce sourire désinvolte qui magaçait tant.
Je le dévisageai, incrédule devant tant daudace. Comment osait-il réclamer ainsi, sans aucune gêne ?
Dans ma tête défilèrent les heures passées à perfectionner cette tarte, à préparer la maison pour leur arrivée. Et voilà que Théo, qui navait pas touché un outil de la semaine, se prélassait à lombre et exigeait des victuailles *”à emporter”*.
Je jetai un regard à Mathieu, qui semblait aveugle au comportement de son frère.
*”Théo, tu ne trouves pas que tu en demandes un peu trop ?”* dis-je, mefforçant de garder un ton mesuré.
*”Allons, Élodie !* fit-il en haussant les épaules, sans même me regarder. *On est famille, non ? Il faut partager. Et toi, tu as tout en abondance ici !”*
Une vague de dégoût menvahit, mêlée à une colère sourde.
Cette petite maison au bord du lac, achetée il y a trois ans, était notre havre de paix à Mathieu et moi. Lété, chaque journée était remplie : lever à laube, désherbage, cueillette des fruits, soin des poules, conserves pour lhiver. La moindre aide valait son pesant dor.
Et cest pourquoi la demande de Théo sonna comme une insulte. Il ne voyait pas ou ne voulait pas voir tout ce labeur. Pour lui, cette maison nétait quune villégiature gratuite, et nous, son personnel
Tout avait commencé trois semaines plus tôt, quand Théo avait appelé pour proposer de *”passer nous voir, donner un coup de main, et profiter de la campagne”*.
Ces mots mavaient surprise. Théo et sa femme, Camille, étaient des citadins jusquau bout des ongles : soirées, terrasses de café, cinéma, shopping le week-end.
*”Donner un coup de main ?”* avais-je répété, sceptique.
Mais Théo, enthousiaste, avait enchaîné :
*”Mais oui ! On est famille ! Ça vous soulagera, et lair pur nous fera du bien. Je rêve de cueillir des framboises, de profiter du sauna”*
Raccrochant, jétais restée un long moment sur la terrasse, tripotant distraitement mon tablier.
Je connaissais Théo : il aimait promettre, mais rarement tenir. Pourtant, Mathieu, apprenant la nouvelle, sétait emballé :
*”Ils cueilleront peut-être quelques fruits. Et qui sait, Théo maidera avec la clôture”*
Les jours suivants, je métais affairée comme pour recevoir le Président lui-même. Draps repassés, serviettes immaculées, courses en ville : poisson frais, viande pour le barbecue, fruits, pâtisseries *”Peut-être que tout ira bien”*, me disais-je en suspendant les torchons. *”Sils aident un peu, ce sera déjà ça.”*
Le jour J, je les accueillis avec un sourire forcé, dissimulant mes doutes. Ils avaient lair détendu, comme en vacances.
*”Nous voilà !”* sexclama Théo, bras ouverts.
Autour de la table de la véranda, salades, quiches et citronnade glacée les attendaient. La première demi-heure fut joyeuse, échange de nouvelles, rires. Puis Mathieu évoqua le programme des jours à venir :
*”Demain, on sattaque au foin, puis aux framboises. Il y a du travail, mais à plusieurs, ça ira vite.”*
*”Bien sûr, bien sûr”*, approuva Camille, mais son regard trahissait une perplexité amusée, comme si le mot *”foin”* lui était étranger.
Je sentis une pointe dappréhension : cette *”aide”* risquait dêtre bien discrète
Le premier jour fut festif. Théo, en verve, racontait des blagues, croquait des amandes, se vantant dêtre *”épuisé par la ville”* et *”heureux de se ressourcer”*. Camille, en robe légère, multipliait les selfies devant le coucher de soleil, hashtag *#Nature #Bonheur*.
Mathieu souriait, content de revoir son frère, persuadé que *”le travail avancerait mieux”*.
Mais dès le lendemain, lambiance changea.
Je méveillai au chant du coq, enfilai mes bottes et sortis. La rosée scintillait, lair sentait lherbe fraîche. Les poules sagitaient, réclamant leur grain. Un coup dœil vers la chambre damis : rideaux tirés, silence.
À huit heures, javais déjà nourri les bêtes, rempli un seau de courgettes et arrosé les plates-bandes. Mathieu apparut avec une tasse de café :
*”Théo et Camille sont partis en ville. Urgence, paraît-il.”*
Je hochai la tête, le cœur serré. Ils revinrent à la nuit tombée, rayonnants, chargés de chips, soda et bière, comme sils avaient accompli un exploit.
*”Élodie, cest un vrai spa, chez toi !* sexclama Théo en saffalant dans un fauteuil. *Tout se fait tout seul !”*
Les jours suivants, mon irritation grandit. Je tondais seule, portais des seaux deau, cuisinais, lavais. Théo, dans son hamac, scrollait son téléphone en se plaignant de migraines. Camille, allongée au bord de leau, postait *#DétenteCampagnarde*.
Ils ne proposaient jamais daide, convaincus que leur présence suffisait.
*”On est vos invités* , sétonna Camille quand je lui demandai de débarrasser. *Les invités ne travaillent pas, non ?”*
Mon sourire devint crispé, chaque requête un crève-cœur.
Le cinquième jour, jexplosai. Théo, me voyant rentrer épuisée du potager, lança négligemment :
*”Élodie, emballe-nous donc cette tarte pour demain. Et deux pots de confiture de framboise, elle est divine !”*
Je sentis la colère bouillonner. Une semaine à trimer pour des ingrats
*”Non* , dis-je dune voix tremblante. *Vous naurez rien. Vous navez rien fait ici.”*
Théo devint écarlate :
*”Quelle hospitalité ! On est venus avec le cœur ouvert !”*
*”Le cœur ?* rétorquai-je. *Vous êtes venus profiter à nos dépens !”*
Mathieu, dordinaire pacifique, me soutint :
*”Tu avais promis de nous aider, Théo. Au final, vous navez fait que manger et bronzer.”*
Camille, outrée, claqua la porte de leur voiture :
*”Viens, Théo ! Ici, on ne nous apprécie pas !”*
Ils partirent dans un crissement de pneus, Théo hurlant :
*”Gardez vos tartes ! On ne remettra jamais les pieds ici !”*
Sur la terrasse, Mathieu et moi respirâmes, soulagés mais vidés.
*”Une leçon coûteuse, mais utile* , soupira-t-il. *Plus jamais ces parasites.”*
Le soir, nous allumâmes le sauna, dégustant la confiture tant convoitée. Le lac miroitait sous la lune, notre petit monde retrouvait sa quiétude.
*”Dorénavant* , dis-je en riant, *nous naccueillerons que ceux qui arr




