Ton bonus arrive à point nommé, ta sœur doit payer le loyer de l’appartement six mois à l’avance,” ordonna la mère.

**Journal intime 15 octobre**

*Ce bonus arrive à point nommé. Ta sœur doit payer six mois de loyer en avance,* ma ordonné maman.

Je me suis arrêtée sur le seuil de la cuisine, les mots coincés dans ma gorge. Mon téléphone, encore tiède du message de mon patron confirmant le bonus, était serré dans ma main. Trois messages vocaux de Laura, ma meilleure amie, avec qui nous avions presque réservé nos billets pour deux semaines en Grèce.

*Quoi ?* ai-je réussi à articuler.

Maman na même pas levé les yeux de la casserole où mijotait son pot-au-feu. Des rires résonnaient depuis le canapé Élodie, ma petite sœur, regardait une émission de télé-réalité.

*Tu as entendu. Élodie et ce garçon comment sappelle-t-il déjà* maman a froncé les sourcils, cherchant son nom, *Théo a décidé de louer un appartement. Le propriétaire exige six mois de loyer davance. Et où veux-tu quelle trouve cette somme ? Ton bonus tombe à pic.*

Ce nétait pas une question, mais une affirmation. Comme toujours ici.

Jai enlevé mon manteau et lai accroché soigneusement dans lentrée. Mes gestes étaient lents, calculés ma façon de contenir la tension. Vingt-huit ans dhabitude à contrôler mes émotions devant elle.

*Maman, javais prévu dutiliser cet argent,* ai-je commencé prudemment. *Laura et moi avions prévu*

*Oh, encore ta Laura,* a-t-elle coupé, en vérifiant les quiches dans le four. *Elle te traîne toujours quelque part. Tu as bientôt trente ans, et tu continues à courir les plages avec tes copines. Pense plutôt à fonder une famille.*

Élodie est entrée dans le salon une réplique de maman à vingt-trois ans, avec un tatouage discret au poignet. Elle a sorti un yaourt du frigo et sest adossée au mur, me regardant avec un sourire narquois.

*Marine, pourquoi tu fais cette tête ? Tu as eu ton bonus, non ? Tant mieux,* a-t-elle dit en goûtant son yaourt. *Théo a trouvé un super appart hier. Deux pièces, fenêtres sur cour, et la propriétaire a lair sympa. Mais elle veut six mois davance ou rien.*

Je lai regardée. Contrairement à mes cheveux châtains toujours tirés en chignon et mes yeux fatigués, Élodie rayonnait. Boucles blondes, fossettes, regard insouciant. La princesse de maman, comme disait papa avant de partir avec sa comptable il y a trois ans.

*Élodie, pourquoi Théo ne paie pas lui-même ?* ai-je demandé, essayant de masquer mon agacement. *Il a vingt-six ans. Ses parents pourraient laider.*

Elle a roulé des yeux.

*Tu sais bien quils ont des problèmes en ce moment. Des difficultés passagères. Et puis, il me rendra largent. On est un couple, on sentraide.*

*Justement. Sentraider,* ai-je insisté. *Pas demander à sa sœur de renoncer à ses économies.*

*Oh, arrête, Marine,* a-t-elle murmuré en posant une main sur mon épaule. *Tu as tout le temps pour partir en vacances. Nous, on a vraiment besoin de cet appart maintenant. Tu comprends, non ? Théo et moi, on veut vivre ensemble, voir si ça marche.*

Maman a ricané sans quitter sa cuisine.

*Ils vont voir, cest sûr Autant se marier directement.*

*Maman, tout le monde vit comme ça maintenant,* a soupiré Élodie. *Nest-ce pas, Marine ?*

Je suis restée silencieuse. Quatre ans dans une entreprise internationale, promue analyste senior lan dernier. Réveil à six heures, retour à vingt et une heures. Les week-ends souvent passés sur mon ordinateur. Ma dernière vraie pause remontait à deux ans.

Et Élodie Trois emplois depuis la fac, jamais plus de trois mois. En ce moment, elle se *cherchait* tout en suivant une formation en manucure en ligne. Théo se cherchait aussi, tantôt entrepreneur, tantôt trader, tantôt graphiste.

*Marine,* la voix de maman sest durcie. *Ne sois pas égoïste. Ta sœur a besoin de toi. Cest la famille, tu comprends ? La famille.*

Quelque chose sest brisé en moi. Égoïste ? Moi, qui donnais la moitié de mon salaire chaque mois, pendant quÉlodie dépensait ses revenus aléatoires en robes et sorties avec Théo ?

*Je partais en vacances, maman,* ai-je murmuré. *Deux semaines seulement. Jai économisé un an pour ce voyage.*

*Des vacances !* a-t-elle explosé. *Quelles vacances, quand ta sœur construit sa vie ? Tu ne penses quà toi. Comme dhabitude.*

Élodie sest approchée, son regard suppliant posé sur moi.

*Marine, sil te plaît. Je te rembourserai. Plus tard. Quand jaurai un vrai travail.*

*Quand ça, ce *vrai travail* ?* ai-je lâché, perdant patience. *Cela fait trois ans que tu dis ça.*

*Pas tout le monde nest obsédé par sa carrière comme toi,* a rétorqué maman en tapant sur une casserole. *Élodie doit fonder une famille. Avoir des enfants.*

*Et moi, je nai pas le droit ?* ai-je répliqué.

Maman ma dévisagée, un mélange de pitié et dagacement dans les yeux.

*Avec ton travail, quand veux-tu avoir le temps ? Toujours fatiguée, toujours occupée. Les hommes naiment pas les femmes comme ça. Élodie, elle, est douce. Elle a lâme dune mère.*

Jai serré les lèvres. Pendant ce temps, Élodie a attrapé mon téléphone et a parcouru les photos des hôtels grecs comme si elles lui appartenaient.

*Oh là là, un cinq étoiles ?!* sest-elle exclamée. *Bon, tu pourrais prendre un trois étoiles. Ou aller à Nice. Il y a la mer aussi.*

Je lui ai repris mon portable.

*Je voulais un bel hôtel. Une fois tous les deux ans, je peux me le permettre.*

*Bien sûr,* a approuvé maman. *Mais là, aider ta sœur est plus important. Tu te reposeras plus tard.*

Plus tard. Ce *plus tard* éternel.

*Élodie,* je lai regardée droit dans les yeux. *Pourquoi ne pas prendre un appart avec des mensualités ?*

*Cest plus cher !* sest-elle écriée. *Mais celui-ci est près du métro. Et la propriétaire accepte le chien de Théo. Tu sais comme il adore son Max.*

Max. Un caniche que Théo promenait trois fois par jour sa seule activité régulière.

*Il vous faut combien ?* ai-je demandé, sachant déjà que javais perdu.

Élodie a souri, victorieuse.

*Dix mille euros. Mais cest pour six mois ! Soit moins de deux mille par mois. Une affaire.*

Jai bloqué. Dix mille. Presque la totalité de mon bonus.

*Élodie, je*

*Marine,* maman ma fixée. *Tu ne vas pas refuser. Je ne tai pas élevée comme ça.*

À ce moment, la sonnette a retenti. Élodie a bondi.

*Cest Théo ! Je lui ai dit de venir dîner. Maman, mets le couvert. Marine, tu manges avec nous ?*

Jai secoué la tête.

*Non, je Je vais dans ma chambre. Je suis fatiguée.*

Assise sur mon lit, jai fixé le vide. Cinq nouveaux messages de Laura.

*Alors ? Bonus reçu ? On achète

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