**Journal dun Homme Une Soirée de Réunion**
« Ni mari, ni succès », chuchotaient les anciennes camarades de classe derrière son dos lors de cette réunion danciens élèves. Leurs visages se figèrent lorsquun homme entra dans la salle
Regardez, voilà Bélanger. Toujours seule.
Les murmures derrière elle transpercèrent Amélie comme une lame. Elle ne se retourna pas. À quoi bon ? Elle savait déjà qui cétait. Véronique Delacroix.
La reine de leur petit monde lycéen, dont le venin navait fait que se concentrer avec les années.
Le restaurant bruissait comme une ruche inquiète. Dix ans plus tard. La musique couvrait le tintement des verres et les compliments hypocrites.
Amélie avança dans la salle, se sentant en territoire ennemi. Elle savait que sa présence ne passerait pas inaperçue.
Et cette robe sûrement achetée en solde, lança une autre voix. Céline Moreau, léternelle complice de Véronique.
Amélie effleura le bord de son verre deau minérale. La robe avait été cousue sur mesure, daprès ses propres croquis. Mais elles ne comprendraient pas. Pour elles, la valeur ne se mesurait quaux logos tape-à-lœil.
Elle balaya la salle du regard. Les mêmes visages, marqués par le temps : calvities, rides, kilos en trop. Mais dans leurs yeux, la même envie de saffirmer en écrasant les autres.
Elle sentit leurs regards brûler son dos. Ils attendaient une réaction. Quelle plie, quelle senfuit aux toilettes, comme en terminale, quand ils lui avaient renversé une canette de soda glacé dans le cou devant toute la cantine.
Mais Amélie ne plia pas. Elle ajusta simplement le pli impeccable de sa manche.
Véronique ne supporta pas le silence. Elle sapprocha, étincelante de paillettes et de suffisance, suivie de sa cour habituelle.
Amélie ! Tu es venue ! Je commençais à croire que tu avais peur
Son sourire était une œuvre dart des veneers parfaits, mais pas une once de chaleur.
Bonsoir, Véronique, répondit Amélie, la regardant droit dans les yeux.
Alors, toujours à fouiller dans de vieux dossiers poussiéreux ?
Ce nétait pas une question. Cétait une affirmation. Une affirmation de son insignifiance.
Jai changé de travail.
Vraiment ? fit Véronique, surprise et méprisante. Et tu fais quoi maintenant ? Archiviste en chef avec prime de pénibilité ?
Un silence se forma autour delles. Tous regardaient. Cétait leur petit spectacle.
Amélie esquissa un sourire. Elle savait ce quils voulaient : entendre parler dune vie terne, grise. Dun crédit immobilier quelle remboursait seule, dun manque de perspectives. La confirmation que leur hiérarchie scolaire avait été juste.
Quelque chose comme ça, répondit-elle, leur donnant délibérément ce quils attendaient.
Véronique ricana, triomphante, avant de se retourner vers sa cour : « Je vous lavais bien dit. »
Aucun changement. Ni vie amoureuse, ni carrière digne de ce nom.
La phrase résonna assez fort pour que tout le monde lentende. Un verdict.
À ce moment, la porte du restaurant souvrit.
Un homme entra.
Grand, vêtu dun costume qui valait plus que toutes leurs voitures réunies. Ses mouvements étaient assurés. Il dit quelques mots au maître dhôtel avant de parcourir la salle du regard.
Les conversations séteignirent. Les regards féminins se tournèrent vers lui. Qui était-ce ? Un député ? Un homme daffaires ?
Il fronça les sourcils, cherchant quelquun. Puis il sourit un sourire quAmélie voyait chaque matin. Un sourire qui nétait que pour elle.
Ignorant les visages médusés, il traversa la salle et posa une main sur son épaule.
Désolé pour le retard. Réunion interminable.
Amélie leva les yeux vers lui et sourit, sincère.
Ce nest rien, Sébastien. Je savais que tu viendrais.
Il lembrassa un baiser léger mais plein dintimité. Un geste plus éloquent que tous les mots.
Le visage de Véronique se figea. Son cerveau luttait pour assimiler linimaginable.
Elle se reprit rapidement et contre-attaqua, comme toujours.
Amélie, tu ne nous présentes pas ? fit-elle dune voix sucrée.
Véronique, voici Sébastien, dit calmement Amélie. Sébastien, mes anciens camarades.
Quelqu’un laissa tomber sa fourchette.
Attends Sébastien Laurent ? *Le* Sébastien Laurent ?
La salle réalisa dun coup. Sébastien Laurent. La star du rock français, dont les albums sécoulaient à des millions.
Véronique pâlit. Mais elle ne lâcha pas prise.
Alors, Amélie On se demandait comment une souris comme toi avait réussi à séduire un tel aigle ? fit-elle, adressant la question à toute la salle. Quest-ce qui la attiré ? Tes histoires sur les vieux manuscrits ?
Sébastien se raidit, attendant un signe dAmélie. Mais elle resta silencieuse, regardant Véronique. Elle ne voyait plus une femme adulte, mais ladolescente qui se nourrissait de lhumiliation des autres.
Véronique porta lestocade :
Ou alors, cest un contrat ? Cest à la mode, les escortes de luxe. Combien coûte une heure avec une star, Amélie ?
Les rires de sa cour éclatèrent.
Et à cet instant, Amélie comprit : assez.
Tu mas demandé ce que je faisais, commença-t-elle, dune voix calme mais audible par tous.
Elle raconta comment elle avait découvert une démo dans des archives, comment elle avait construit un label autour du talent de Sébastien. Comment elle était devenue directrice générale de *Laurent Music*.
Tous ses albums, ses tournées, ses contrats cest mon travail. Je ne lai pas « trouvé ». Jai bâti un empire autour de son talent.
Véronique blêmit encore plus.
Quant à ton « contrat » Cest une idée intéressante. Surtout venant de toi.
Elle se tourna vers le mari de Véronique, nerveux.
Votre agence médias, *Vector*, nest-ce pas ? La semaine dernière, jai refusé de la racheter. Trop risqué. Dettes énormes, mauvaise gestion.
Le mari de Véronique eut lair de recevoir un coup.
Si tu veux parler contrats peut-être que ton mari devrait prendre rendez-vous avec moi. Mais après ce soir je doute davoir du temps à lui accorder.
Elle prit son sac.
Sébastien, partons.
Ils quittèrent la salle sous un silence de mort.
Dans la voiture, Sébastien la regarda.
Jai toujours su que tu avais du caractère. Mais aujourdhui, je lai vu briller pour la première fois.
Amélie secoua la tête.
Ce nest pas du caractère. Juste les limites de la patience.
Elle ne triomphait pas. Elle ressentait seulement un vide là où une vieille douleur avait été.
Le lendemain, son téléphone resta silencieux. Aucun ancien camarade nosa lui écrire. Mais les groupes de discussion bruissaient de captures décran et de ragots.
Deux jours plus tard, un appel dun numéro




