**Journal dun homme Une révélation douloureuse**
Maman, ça suffit maintenant ! sexclama Viviane, irritée. Théo a vingt ans ! Il est adulte et devrait vivre par lui-même. Mais toi, tu le couves comme un trésor. Cest insupportable à voir.
Si cest insupportable, ne regarde pas, rétorqua Élisabeth. Occupe-toi de ta vie, pas de la nôtre. Tu as bien Julien à élever.
Et je lélève !
Mal, coupa sa mère. Ce garçon devient ingérable.
Il nest pas ingérable ! semporta Viviane. Cest juste lâge ingrat ! On dirait que Théo était un enfant parfait.
Parfait, non, plissa les yeux Élisabeth, mais il travaillait bien à lécole, aidait à la maison et ne répondait jamais. Julien, lui, ne sait que réclamer de largent. Et un « merci », il oublie.
Oh, et alors ? Tu es sa grand-mère !
Donc il na pas besoin de politesse ? Il peut juste profiter ? Mais au fond, je métonne de quoi Il te ressemble tant !
Quest-ce que tu insinues ? ! sécria Viviane.
Que je nai jamais entendu un mot gentil de ta part. Que des plaintes et des reproches.
Maman !
Quoi, « maman » ? Ai-je tort ? Tu élèves ton fils en égoïste. Pour lui, tout lui est dû. Tout le monde est coupable. Il sen prend même à Théo maintenant. « Tu ne vois pas que jai besoin dun nouvel ordinateur ? » Je supporte ses caprices, mais crois-moi, ma patience a des limites.
Et alors ? Les yeux de Viviane brillèrent de colère.
Je coupe les vivres. Plus un centime. Et je dirai à Théo den faire autant.
Oh, quelle menace ! ricana Viviane. Je pensais que tu ferais pire.
Je nai rien à inventer, fronça Élisabeth. Cest mon petit-fils, je laime. Mais je ne tolérerai pas son insolence. Je le remettrai à sa place, au point quil oubliera le chemin de cette maison.
Et comment ton petit Théo vivra sans son neveu adoré ?
Mon petit ? Élisabeth se retourna brusquement, fixant sa fille.
Enfin le nôtre, bredouilla Viviane. Quelle importance ? Il lui est si attaché.
Un silence lourd sinstalla. Élisabeth retenait les mots qui brûlaient ses lèvres.
La porte grinça doucement, et Théo entra. Grand, mince, les cheveux légèrement ébouriffés. Il jeta un regard fatigué sur sa mère et sa sœur.
Encore ? demanda-t-il. Quand est-ce que vous arrêterez de vous disputer ?
Mêle-toi de tes affaires, lança Viviane sèchement. Je ne te parle pas !
Pas à moi, à maman. Mais sur ce ton ! Et jai le droit dintervenir. Qui la défendra sinon ?
Le droit ? Viviane eut un ricanement. Ton seul droit, cest de vivre à ses crochets en faisant semblant que tout va bien.
Je vis à ses crochets ? Théo savança, la voix tremblante dindignation. Je travaille, jaide à la maison, je ne fais pas de scandale. Toi, tu débarques et cest toujours le cirque.
Maman ne voit pas que tu deviens un parasite ! explosa Viviane. Elle te porte aux nues ! Tout pour toi, toujours pour toi !
Viviane ! la coupa Élisabeth. Arrête. Tu es injuste.
Injuste ? Sa fille leva la tête, lamertume perçant dans sa voix. De toute ma vie, je nai jamais eu la moitié de ce quil a ! Toute lattention, toute la tendresse, cest pour lui ! Et moi ? Les miettes !
Quest-ce que jai à voir là-dedans ? murmura Théo, ignorant la souffrance de sa sœur. Tu tes créé toi-même ces problèmes : reproches permanents, rancœurs imaginaires Cest peut-être pour ça que tout le monde tévite ?
Ah, voilà ! Les yeux de Viviane brillèrent. Maintenant, cest moi la coupable !
Théo allait répliquer, mais Élisabeth sinterposa :
Pas un mot de plus. Viviane, cest ta sœur aînée. Tu dois la respecter.
Mais elle ne respecte personne ! sexclama Théo. Elle arrive, crie, insulte. Maman, il est temps de la remettre à sa place. Et Julien aussi. La dernière fois, il a pris une somme importante dans mon portefeuille sans demander.
Un silence pesant tomba. Les paroles de Théo résonnèrent comme un coup de tonnerre.
Les joues de Viviane sempourprèrent, ses yeux étincelèrent. Sur son visage se lisait plus quune simple colère : un désespoir prêt à tout.
Élisabeth se raidit : encore une seconde, et sa fille allait dire lirréparable.
Mais Viviane cria autre chose :
Tu mens ! Julien ne ferait jamais ça ! Cest mon fils, et ce nest pas un voleur !
Viviane dit calmement Élisabeth, je fais confiance à Théo, il ne ment pas. En revanche, le comportement de Julien minquiète. Tu dois lui parler. Avec délicatesse.
Nosez pas accuser mon fils de vol ! Viviane haletait de rage.
Et toi, naccuse pas le mien de mensonge, répliqua sa mère.
Le tien ? Les yeux de Viviane sécarquillèrent. Quel fils ?! Elle ne pouvait plus sarrêter. Il nest pas ton fils !
Élisabeth se figea
Je ne comprends pas, murmura Théo, stupéfait. Maman, quest-ce quelle raconte ?
Elle dit la vérité, articula faiblement Élisabeth, livide. Je ne suis pas ta mère.
Théo resta interdit. Chaque mot résonna dans sa tête.
Viviane, le souffle court, seffondra sur le canapé. Elle ne pouvait croire ce quelle venait dentendre.
Enfin, elle lavait dit
***
Théo chancelait, comme si le sol se dérobait sous lui. Son regard errait entre Élisabeth et Viviane, cherchant un sens à leurs mots.
Viviane voulut parler, mais les mots moururent dans sa gorge. Elle fixait Théo, retenant ses larmes.
Les souvenirs lenvahirent comme une marée glacée.
Elle était si jeune. À peine sortie du lycée.
Follement amoureuse
Elle navait pas compris tout de suite quelle était enceinte. Quand elle réalisa, il était trop tard.
Son amour dalors haussa les épaules :
Tu es sûre que cest de moi ?
Elle dut avouer à ses parents. Sa mère cria, pleura. Son père, encore vivant à lépoque, la menaça de la mettre à la porte pour avoir déshonoré la famille.
Puis le calme revint. Ils laidèrent du mieux possible.
Viviane accoucha dun fils. Ses parents adoraient leur petit-fils.
Mais son père mourut soudain. Les temps devinrent durs. Viviane partit travailler à Paris, laissant Théo à sa mère.
La première année, tout alla bien : elle rendait visite, envoyait de largent.
Puis elle disparut.
Un nouvel amour, un déménagement, un autre enfant dont Élisabeth et Théo ignoraient tout longtemps.
Lhomme de Viviane





