Quand Nathalie ramena Denis de la crèche, son mari Valentin fut immédiatement sur ses gardes. Il était évident, à l’œil nu, que son épouse était dans un étrange état d’agitation.

Quand Nathalie ramena Denis de la crèche, son mari Valentin sentit aussitôt que quelque chose nallait pas. Il était évident que son épouse était dans un état étrange, entre agitation et inquiétude.

Quelque chose sest passé, Nathalie ? demanda-t-il, lui aussi troublé.
Oui, Valentin, oui, répondit-elle en lattirant par la main vers une autre pièce, loin des oreilles de leur fils. On risque de nous renvoyer de la crèche.

Quoi ? fit Valentin, le visage décomposé. Est-ce que cest possible ? On paie les frais à temps, non ?
Je ne sais pas si cest possible ou non, mais la directrice ma clairement dit, en russe, que si on ne calmait pas notre fils, il serait expulsé comme un bouchon de champagne.

Vraiment, ces mots exacts ?
Oui. En aparté et tout bas, mais très clairement. Elle a ajouté que des parents voulaient écrire une plainte collective. À la police.

Tu te moques de moi ? Valentin écoutait, incrédule, incapable dimaginer ce que leur petit garçon, si mignon et si joyeux, avait bien pu faire. Mais pourquoi cette plainte ?

Parce que Denis frappe tous les enfants de son groupe.
Notre Denis ? Valentin faillit rire avant de se reprendre. Ce tout-petit, si fragile, il bat tout le monde ?

Oui ! Daprès la directrice, il cogne sans raison !
Même les filles ?
Je ne sais pas ! répondit sa femme, nerveuse. Je nai pas demandé. Dès que jai entendu ça, jétais sous le choc. Jai attrapé Denis et je suis rentrée en vitesse. Si on nous vire, Valentin, quest-ce quon fera ? Où linscrire ? Je devrai démissionner ou toi. Et comment rembourser le crédit dans ce cas ? Je deviens folle

Attends avant de tévanouir ! Valentin réfléchit. Dabord, il faut comprendre ce qui se passe avec notre fils.

Je lui ai posé des questions sur le chemin, mais il ne veut rien dire. Il se tait et gonfle les joues.
Toi, tu as essayé. Maintenant, cest mon tour.

En entrant dans la chambre de lenfant, Valentin le trouva absorbé par ses petites voitures, comme si de rien nétait.
Écoute, Denis, il faut quon parle sérieusement, déclara le père dun ton ferme.

Mmm répondit machinalement le garçon sans quitter ses jouets. Vas-y, Papa, parle.
Dabord, arrête de jouer.
Valentin, parle-lui calmement ! sexclama Nathalie depuis la porte.

Ouais, Papa, parle calmement, répéta Denis, moqueur, tout en continuant à jouer.

Avoue à Papa et Maman pourquoi tu tapes les autres à la crèche.
Soudain, Denis figea, la voiture en suspens, évitant le regard de son père.

Alors ? Même les filles ?
Non, pas les filles, murmura-t-il. Elles nont rien fait.

Mais les garçons, si ?
Oh que oui
Et quont-ils fait, si ce nest pas un secret ?

Denis regarda son père, puis sa mère, dun air boudeur.
Et si cen était un ?

Ses yeux exprimaient une telle intensité que Valentin en fut presque gêné. Mais il se ressaisit.

Denis, tu es mon fils ou non ?
Ben oui.
Si tu les, alors on ne doit pas avoir de secrets entre nous.

Avec toi, non, Papa admit-il à contrecœur. Mais avec Maman

Quoi ? sexclama Nathalie, stupéfaite. Tu as des secrets pour moi, Denis ?
Mmm.

Mais pourquoi ?
Parce que cest entre hommes

Ah, entre hommes Valentin cligna de lœil à sa femme. Désolé, Maman, mais si ce sont de vrais secrets dhommes, mieux vaut nous laisser seuls.

Bon, daccord Nathalie fit la moue avant de sortir.

Et pas découte aux portes ! lança Valentin. Puis, sur un ton complice, il demanda : Alors, Denis, pourquoi frappes-tu les garçons ?

Lenfant soupira, détourna les yeux et avoua à voix basse :
Ils sapprochent trop delle.

Qui sapproche ?
Eux Les garçons

Mais de qui ?
De Thérèse.

Thérèse ? Qui est-ce ?
Notre assistante. Elle leur caresse la tête, ils lembrassent et se collent à elle. Très fort.

Et alors ?
Ça me déplaît.

Valentin sintéressa.
Pourquoi ?
Parce que cest moi qui dois lembrasser.

Et pourquoi ça ?
Papa Denis le regarda, blessé. Tu ne comprends pas ? Toi, tu es le seul à embrasser Maman ! Puis il ajouta : Bon, moi aussi. Mais je suis son fils. Les autres messieurs ne lembrassent pas !

Mais Maman est ma femme, sourit Valentin.
Thérèse sera la mienne quand je serai grand, chuchota Denis. Tu comprends ? Je lépouserai

Ah, cest donc ça Valentin retint un rire. Tu es amoureux de cette assistante, cest ça ?

Oui fit le garçon, tête basse.
Et tu es jaloux

Toi aussi, tu es jaloux de Maman marmonna-t-il pour se justifier.

Moi ?
Bien sûr. Vous vous disputez souvent à cause de ça.

Oh, mon garçon Valentin hésita. Alors, toi aussi, tu as hérité de notre défaut familial. Crois-le ou non, mon grand-père était comme ça, mon père aussi. Tous les hommes de la famille en ont souffert

Souffert ? Denis leva les yeux, surpris.
Tu croyais que La jalousie, cest une chose terrible. Et maintenant, quallons-nous faire ? Si tu continues à frapper tes rivaux, tu seras renvoyé.

Tant pis ! Personne ne la touchera !
Mais si tu es exclu, tu ne la verras plus jamais. Plus moyen daller à la crèche.

Jamais ? demanda-t-il, effrayé.

Bien sûr. Écoute, Denis, je te comprends, mais les coups, cest interdit. Et puis, une femme doit choisir elle-même qui elle embrasse.

Mais elle ne choisit pas. Elle embrasse tout le monde. Et ça me déplaît.

Cest son métier. Elle doit embrasser chaque enfant plusieurs fois par jour. Tu comprends ?

Cest obligatoire ?
Bien sûr ! Elle tembrasse, non ?

Oui.
Voilà. Elle doit faire pareil avec les autres. Sinon, elle sera renvoyée. Et adieu Thérèse. Alors, il faut supporter ses câlins avec les autres.

Vraiment ? Cest juste pour le travail ?
Exactement. On la force.

Promis ?
Parole de Papa !

Bon, daccord Denis esquissa un sourire timide. Alors elle peut les embrasser. Et les bisous, cest aussi obligatoire ?

Oui, les bisous aussi.
Quelle drôle de profession soupira-t-il, moins triste. Bon, je réfléchirai avant de lépouser, alors.

Dès le lendemain, il ny eut plus aucune plainte contre Denis.

**Leçon :** Lamour, même naissant, peut inspirer des sentiments complexes. Mais la jalousie, si naturelle soit-elle, doit être apprivoisée. Parfois, comprendre les règles du jeu permet de mieux

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Quand Nathalie ramena Denis de la crèche, son mari Valentin fut immédiatement sur ses gardes. Il était évident, à l’œil nu, que son épouse était dans un étrange état d’agitation.
Mamie, ne pleurez plus ! Restez tranquille… Je vous appelle un taxi. Mamie Anique s’était levée avant les coqs, sans même besoin de réveil ; son cœur veillait depuis trois heures du matin, agité, trop plein de pensées. Depuis hier, quand les infirmières lui avaient dit « Mamie, revenez demain de bon matin, car il doit passer un examen important à l’hôpital », elle n’arrivait plus à tenir en place. Pépé Dimitri, son compagnon de toujours, était hospitalisé depuis quelques jours. À leur âge, chaque admission est un gros nuage au-dessus du foyer. Alors Anique avait allumé le poêle, noué avec soin son foulard noir « le bon », et s’était préparée au départ avec la minutie d’un rituel. Il faisait encore nuit noire lorsqu’elle sortit sur le pas de la porte. La petite rue pavée brillait de givre, le ciel était à peine caressé par une pâle lueur. Elle avançait lentement, car ses jambes n’étaient plus ce qu’elles avaient été, mais déterminée, le pas court et appuyé des femmes qui ont travaillé toute leur vie sans jamais se plaindre. Arrivée presque au bout de la rue, une pensée la frappa comme une pierre en pleine poitrine : — Le téléphone ! Je l’ai oublié sur la table… Elle s’arrêta. Ferma les yeux une seconde, soupira longuement, puis fit demi-tour. Le chemin du retour lui parut trois fois plus long. En rentrant, le feu du poêle semblait la regarder d’un air réprobateur. Elle attrapa son téléphone, le glissa dans la poche de son tablier et repartit rapidement vers l’arrêt, la gorge serrée d’inquiétude. À l’arrêt de bus, elle eut de la chance : il n’était pas encore parti. Le chauffeur tirait sur sa cigarette, sans hâte, et Anique monta rapidement, lançant un « Que Dieu vous donne la santé » du fond du cœur. Le trajet jusqu’en ville fut rempli de l’émotion de celle qui prie d’arriver à temps. Elle comptait les arrêts, regardait par la fenêtre, resserrait son foulard sous le menton comme si cela la retenait au monde. Mais en descendant du bus, les tuiles commencèrent à s’accumuler. Le bus pour l’hôpital — qui ne passe qu’une fois par heure — venait tout juste de partir. Elle ne vit que l’arrière de l’autobus, qui tournait au coin, comme s’il lui tournait le dos. Elle attendit encore dix minutes dans le froid, grelottant non seulement de gel, mais aussi d’inquiétude pour Dimitri. Et quand enfin arriva le suivant, les gens s’entassèrent comme à la distribution des colis de Noël. Anique, petite de taille et des décennies derrière elle, n’eut pas sa place. Elle fit un pas vers la porte, puis un autre. Elle tenait son billet dans la main, gardait l’espoir au cœur. Mais les gens poussaient, pressés, indifférents, chacun absorbé par ses affaires. Un simple moment d’inattention, un flux de corps la repoussant à l’extérieur… Les portes se fermèrent dans un claquement sec, juste devant elle. À une main de distance. Anique resta la main posée sur la vitre, le regard perdu à travers comme sur un pont rompu. Les larmes lui vinrent aussitôt. Elle se mit à trembler de tout son être. Toute la nuit perdue, toute l’angoisse pour Dimitri, toute la fatigue des années s’étaient amassées, lourdes, nouées dans la poitrine. Elle éclata en sanglots. Non par caprice, ni pour une broutille, mais par cette immense douleur, profonde, de celui qui sent que ses forces ne suffisent plus. Elle pleurait, essuyait ses joues avec le coin de son foulard, sans savoir quoi faire, se demandant si elle arriverait à temps. Les passants défilaient devant elle sans la voir, semblables à des lampadaires. Jusqu’au moment où un homme — un monsieur d’une cinquantaine d’années, habillé simplement mais propre — s’arrêta à sa hauteur. Un air doux d’homme de la campagne, des yeux chaleureux, comme s’il la connaissait depuis toujours. — Mamie… qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi pleurez-vous ? Anique, à peine capable d’articuler quelques mots, montra le bus, porta la main à son cœur, murmura « mari… hôpital… examen médical… » Il avait compris. — Oh là là, mamie… ne pleurez plus. Attendez. L’homme sortit son téléphone de sa poche, puis, d’une voix à la fois douce et décidée, déclara : — Je vais vous appeler un taxi. On y va ensemble. Je ne vous laisse pas seule. En entendant « ensemble », Anique sentit sa douleur se soulager d’un bout. C’était comme si Dieu s’était enfin souvenu d’elle. Le monde n’était plus si mauvais. Les gens pas si pressés. Quelqu’un l’avait vue. Quelqu’un lui avait tendu la main. Là, sur le trottoir humide de décembre, Anique et cet inconnu au grand cœur restèrent à attendre l’arrivée du taxi. Dans ce court silence, Anique, en cette longue et difficile matinée, se sentit enfin un peu moins seule. Et, dans son âme de femme ayant tant vécu, une petite lumière s’alluma à nouveau. Si l’histoire de mamie Anique vous a touché le cœur ne serait-ce qu’un peu, laissez en commentaire un « Respect pour nos grands-parents » ou écrivez un mot doux pour tous les aînés qui affrontent seuls les épreuves de la vie. Remplissons la section des commentaires de bienveillance, montrons qu’il existe encore des âmes prêtes à voir, ressentir et aider. Écrivez aussi un mot — même minime, pour quelqu’un comme mamie Anique, cela peut tout signifier.