« Mamie, vous devriez être dans une autre classe ! » chuchotaient les jeunes collègues en voyant la nouvelle. Ils ignoraient que j’avais racheté leur entreprise.

**Journal intime 15 octobre**
*« Mamie, tu devrais aller dans un autre service »,* gloussèrent les jeunes collègues en voyant la nouvelle employée. Ils ignoraient que javais racheté leur entreprise.
*« Vous cherchez quelquun ? »* lancca le garçon derrière la réception, sans lever les yeux de son smartphone. Sa coupe trendy et son pull de marque criaient son importance et son indifférence totale.
Élise Dufresne ajusta son sac sobre, de bonne qualité mais discret. Elle sétait habillée exprès pour ne pas attirer lattention : chemisier modeste, jupe sous le genou, chaussures confortables.
Lancien directeur, Grégoire cheveux gris, visage fatigué avait souri en entendant son plan lors de la transaction.
*« Un cheval de Troie, Élise, murmura-t-il, admiratif. Ils mordront à lhameçon sans voir lhameçon. Ils ne sauront jamais qui vous êtes jusquà ce quil soit trop tard. »*
*« Je suis la nouvelle employée. Service documentation, »* dit-elle dune voix douce, volontairement dépourvue dautorité.
Le garçon leva enfin les yeux. Il la détailla des pieds à la tête chaussures usées, cheveux gris coiffés avec soin et son regard afficha un mépris non dissimulé.
*« Ah, oui. On ma dit quune nouvelle arrivait. Vous avez récupéré votre badge à la sécurité ? »*
*« Oui, le voici. »*
Il désigna vaguement les tourniquets, comme sil guidait un insecte égaré.
*« Votre poste est quelque part là-bas. Vous trouverez. »*
Élise hocha la tête. *« Je trouverai »*, répéta-t-elle intérieurement en entrant dans lopen space bruissant comme une ruche.
Depuis quarante ans, elle trouvait son chemin dans les labyrinthes de la vie.
Après la mort soudaine de son mari, elle avait redressé une entreprise au bord de la faillite.
Géré des investissements complexes qui avaient multiplié sa fortune.
Et appris à ne pas succomber à lennui, ni à la solitude, dans cette grande maison vide à soixante-cinq ans.
Cette florissante société tech pourrie de lintérieur, selon elle était son défi le plus excitant.
Son bureau, coincé près des archives, avait un plateau rayé et une chaise grinçante. Une île du passé dans un océan de technologie.
*« Vous commencez à vous habituer ? »* Une voix mielleuse résonna derrière elle.
Devant elle se tenait Ophélie, responsable marketing, tailleur immaculé, parfum luxueux, auréolée dune aura de succès.
*« Jessaie, »* répondit Élise avec un sourire modeste.
*« Vous devrez vérifier les contrats du projet *Altair* de lannée dernière. Ils sont aux archives. »*
Son ton condescendant sous-entendait quelle sadressait à une personne dépassée. Ophélie la regardait comme une relique préhistorique. En partant, Élise entendit un chuchotement moqueur :
*« Aux RH, ils ont vraiment perdu la tête. Bientôt, ils recruteront des dinosaures. »*
Elle feignit de ne pas entendre.
Plus tard, près dune salle de réunion vitrée, un jeune homme linterpella :
*« Madame, vous cherchez quelque chose ? »*
Cétait Stanislas, le développeur star du moins selon sa propre description.
*« Oui, mon cher, les archives. »*
Il sourit, se tournant vers ses collègues, amusés par le spectacle.
*« Mamie, vous êtes dans le mauvais service. Les archives sont par là. »* Il désigna vaguement. *« Nous, on fait du vrai travail ici. »*
Élise sentit une colère froide monter.
Elle nota sa montre luxueuse payée avec son argent.
*« Merci. Maintenant, je sais où aller. »*
Larchive était une pièce étouffante. Elle trouva rapidement le dossier *Altair*.
Les montants étaient arrondis, les descriptions vagues : *« services-conseils »*, *« optimisation »*. Des classiques pour détourner de largent.
Quelques heures plus tard, une jeune fille effarouchée apparut.
*« Bonjour, je suis Lune, de la comptabilité. Ophélie ma dit Cest difficile sans accès numérique ? Je peux aider. »*
Pas une once de mépris dans sa voix.
*« Merci, ma petite. Cest très gentil. »*
*« Cest normal. Eux ils ne comprennent pas que tout le monde nest pas né avec une tablette dans les mains, »* bafouilla Lune, rougissante.
En lécoutant expliquer le logiciel, Élise pensa quil y avait toujours une source pure, même dans un marais.
Peu après, Stanislas fit irruption.
*« Il me faut un exemplaire du contrat *Cyber-Systèmes*, là, tout de suite ! »*
Il parlait comme à une subalterne.
*« Bonjour, »* répondit Élise calmement. *« Je vérifie ces documents. Un instant. »*
*« Un instant ? Je nai pas de temps à perdre ! »*
Larrogance était son point faible.
*« Cest mon premier jour, et je range ce que dautres ont négligé. »*
*« Je men fiche ! »* Il arracha le dossier. *« Vous, les vieux, vous ne faites que compliquer les choses ! »*
Il claqua la porte.
Elle composa le numéro de son avocat.
*« Arnaud, bonjour. Pouvez-vous vérifier une société ? *Cyber-Systèmes*. Je soupçonne des liens intéressants. »*
Le lendemain, confirmation : *Cyber-Systèmes* appartenait au cousin de Stanislas.
La confrontation eut lieu pendant la réunion hebdomadaire.
Ophélie, rayonnante, demanda :
*« Oh, jai oublié dimprimer le rapport. Élise, soyez chérie, allez chercher le dossier Q4. Cette fois, ne vous perdez pas. »*
Des rires étouffés.
À son retour, Stanislas ricana :
*« Et voici notre sauveuse ! Un peu plus vite, la prochaine fois. Le temps, cest de largent. *Notre* argent. »*
Ce *« notre »* fut la goutte de trop.
Élise se redressa.
*« Vous avez raison, Stanislas. Surtout largent blanchi via *Cyber-Systèmes*. »*
Son sourire se figea.
*« Je ne comprends pas. »*
*« Vraiment ? Alors expliquez aux présents vos liens avec un certain M. Petit. »*
Un silence glaçant.
Ophélie tenta de sauver les meubles.
*« De quel droit vous mêlez-vous de nos finances ? »*
Élise contourna la table, dun pas sûr.
*« Du droit le plus absolu. Permettez-moi de me présenter. Élise Dufresne. La nouvelle propriétaire. »*
Leffet fut celui dune bombe.
*« Stanislas, vous êtes licencié. Mes avocats vous contacteront. Ophélie, vous aussi. Incompétence et climat toxique. »*
Ophélie écumait.
*« Vous osez ! »*
*« Oui. Vous avez une heure pour partir. »*
Un regard vers Lune, tremblante au fond de la salle.
*« Lune, venez ici. »*
La jeune fille sapprocha, terrifiée.
*« Vous avez été la seule professionnelle et humaine. Je crée un service daudit interne. Vous en ferez partie. »*
Lune resta bouche bée.
*« Vous y arriverez. »*
Elle quitta la salle, laissant derrière elle un monde

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« Mamie, vous devriez être dans une autre classe ! » chuchotaient les jeunes collègues en voyant la nouvelle. Ils ignoraient que j’avais racheté leur entreprise.
Qu’est-ce que c’est que cette robe ‘campagnarde’ ?” — Ma sœur m’a humiliée devant tous. Mon “cadeau” en réponse l’a fait fuir…