Je suis rentré chez ma belle-mère sans prévenir et je suis resté figé en lentendant parler de moi avec une amie
« Dubois, je veux que ce soit une personne de confiance qui soccupe de ce client. À qui dautre pourrais-je confier une telle affaire quà toi ? » demanda le chef en fixant sa jeune collaboratrice.
« Comme vous voulez, Monsieur Morel. Je suis partante, » répondit Élodie avec un sourire en hochant la tête.
La plupart de ses collègues évitaient les déplacements, préférant rester au bureau, mais Élodie était différente. Toujours optimiste, elle acceptait chaque mission sans discuter et ne se plaignait jamais. « Bouger, cest vivre, » disait-elle souvent lorsquon lenvoyait chez un client. Même si ce nétait pas son rôle, elle ne voyait rien de compliqué dans cette demande. Et puis, ces déplacements donnaient droit à une prime pourquoi refuser ?
Ce jour-là ne fit pas exception. Même lorsque la mission lui fut confiée en fin de journée, Élodie ne se découragea pas. Au contraire, elle pensa en profiter pour passer voir sa belle-mère, dont la maison se trouvait près de ladresse du client. Elle pourrait lui apporter des pâtisseries, prendre le thé et lui raconter les dernières nouvelles. Et elle avait des choses à partager : avec son mari Théo, ils venaient enfin de terminer la chambre du bébé, préparant larrivée de leur premier enfant. Le test nétait pas encore positif, mais Élodie espérait secrètement ces deux lignes tant attendues. Souriante, elle se dirigea vers lascenseur, serrant contre elle la pochette de documents à faire signer.
« Elle est vraiment naïve de croire quelle grimpera comme ça, » chuchotaient ses collègues en lui lançant des regards entendus.
Ils ne se cachaient pas, parlant même plus fort exprès. Mais Élodie nécoutait pas. Quils disent ce quils voulaient cela ne la concernait pas. Elle ne rêvait pas davancement en jouant les coursiers. Une promotion, si elle venait, serait méritée par son travail et sa compétence.
« Elle va avoir du mal dans la vie, si confiante, comme un pissenlit au vent. »
Élodie sarrêta une seconde, tentée de se retourner pour répondre, mais elle y renonça. Pourquoi créer des scènes pour des broutilles ? Quils pensent ce quils veulent. Son caractère ne leur plaisait pas ? Cétait leur problème. Elle était satisfaite de sa vie et delle-même. Sa douceur et sa flexibilité lui permettaient de sentendre facilement avec les gens, déviter les conflits. Mais cela ne signifiait pas quelle était faible. Au besoin, elle savait se défendre. Quant aux commérages, elle ne tendait pas loreille.
Après avoir terminé chez le client, Élodie sarrêta dans une pâtisserie, acheta les gâteaux préférés de sa belle-mère et se dirigea vers le quartier résidentiel. Elle ne lavait pas prévenue ce serait une surprise. Isabelle Martin était toujours chez elle à cette heure, et Élodie était sûre quelle serait ravie. Leurs relations étaient chaleureuses et confiantes. Quand Théo lui avait présenté sa future femme, Isabelle lavait tout de suite adoptée comme sa propre fille. Cadeaux, soutien dans les disputes familiales sa belle-mère était toujours de son côté. Elle sétait même liée damitié avec les parents dÉlodie. Une belle-mère dont on pouvait être jaloux. Élodie savait quelle pouvait tout lui dire, même ses secrets les plus intimes. Isabelle ne remplaçait pas sa mère, mais elle était devenue une personne très proche.
Après avoir acheté les gâteaux, Élodie envoya un message à Théo pour prévenir de son retard et emprunta la rue familière. La maison dIsabelle, solide et ancienne, construite par ses parents, se dressait dans une petite rue calme. Elle leur avait souvent proposé dy emménager, mais Élodie hésitait : le quartier était mal desservi. Ils rêvaient dune maison plus proche du centre ou en banlieue, où lair était pur. Mais cétait pour plus tard. Pour linstant, il fallait apprécier ce quils avaient. Une belle maison coûtait cher, et ils navaient pas encore assez déconomies.
Le portail était ouvert, tout comme la porte dentrée. Une odeur de pâtisserie fraîche venait de la cuisine. Isabelle devait aérer la maison. Ou peut-être avait-elle des invités ? Élodie entra doucement et entendit des voix étouffées.
« Je ne pourrai pas réunir largent pour lopération à temps. Je ne veux pas que les jeunes sendettent. Quils vivent leur vie, je me débrouillerai seule. Je minscrirai sur la liste pour lopération privée on verra bien. »
« Isabelle, comment peux-tu dire ça ? Essayons de collecter des fonds ! Tu vas vraiment baisser les bras ? Tu es encore jeune ! Tu vas laisser les choses se terminer comme ça ? »
« Que veux-tu que je fasse Ce sera comme le destin le décidera. Mais une chose que je veux faire à temps, cest régler la question de lhéritage. Jai décidé de faire une donation de la maison à Élodie. Eux et Théo sentendent bien, mais les hommes sont changeants. Moi aussi, je croyais que je vivrais toute ma vie avec mon mari, et il ma quittée pour une autre, me laissant seule avec un enfant. Tu te souviens comment jai survécu ? Je ne veux pas quÉlodie vive ça. Elle a ses parents, ils laideront, mais je veux lui laisser un appui. Je lui donnerai la maison, les bijoux de famille. Quand lenfant naîtra, quil sache quil a un refuge. Pour mon fils, je suis tranquille il se débrouillera. Mais une femme, cest facile de la blesser. Je ne veux pas penser au pire, mais mieux vaut prévoir. Je veux quelle soit protégée. »
Élodie sentit les larmes lui monter aux yeux. Son cœur se serra. Elle comprit : sa belle-mère était malade, cachait son diagnostic et continuait à se soucier delle sa bru. Même dans un tel moment, elle pensait à assurer son avenir. Mais pourquoi vendre la maison et les bijoux alors quils pouvaient laider ? Pourquoi ne pas emménager chez eux ? Ils auraient trouvé une solution ensemble ! Sa tête tournait, ses pensées sembrouillaient. Elle ne se souvenait plus comment elle était sortie, comment elle avait tourné au coin de la rue. Elle ne pouvait pas entrer et faire comme si de rien nétait. Chaque respiration était douloureuse, comme si un poids écrasait sa poitrine. Elle ne savait pas encore à quel point létat dIsabelle était grave et ne voulait pas alarmer Théo trop tôt. Mais rester dans lignorance était insupportable.
En marchant dans la rue étroite, elle aperçut soudain Édith Laurent lamie dIsabelle avec qui elle parlait dans la maison. La femme marchait vers larrêt de bus, la tête basse, soupirant lourdement comme si elle portait le poids du monde. Élodie sapprocha et, sans cacher son émotion, lui demanda la vérité. Édith hésita dabord, mais voyant linquiétude sincère dans les yeux de la jeune femme, elle se confia. Elle promit de ne rien dire à personne, surtout pas à son amie. Élodie apprit tout : le diagnostic, les délais, le coût de lopération, la longue liste dattente. Tout dépendait de la rapidité plus tôt le traitement commencerait, plus grandes seraient les chances de guérison.
À la maison, Élodie raconta tout à Théo. Sa réaction fut stupéfi





