Tout ce qu’Alyosha savait de lui, c’est qu’on l’avait trouvé hurlant de faim et de peur sur le seuil d’un orphelinat. Sa mère avait sans doute gardé quelques restes de conscience, car elle l’avait enveloppé dans une couverture douillette, drapé d’une écharpe en cachemire de chèvre, et déposé le bébé hurlant dans une boîte en carton. Elle ne voulait sûrement pas qu’Alyosha attrape froid.

Ah, écoute, je vais te raconter lhistoire de Léo Léo, il ne savait quune seule chose sur lui : quon lavait trouvé hurlant de faim et de peur sur le perron dun orphelinat, enveloppé dans une couverture douillette avec un châle en cachemire autour. Sa mère, visiblement, avait encore un peu de conscience elle ne voulait pas quil attrape froid.

Mais aucune note, rien pour dire son nom, sa date de naissance, doù il venait. Juste un pendentif en argent, assez gros, en forme de « L », serré dans son petit poing. Un héritage maternel, quoi. Pas un truc banal, non, une pièce unique, avec le poinçon du bijoutier.

La police a essayé de retrouver cette mère indigne, mais sans succès. Le bijoutier était mort de vieillesse, et ses registres ne mentionnaient rien. Du coup, à lorphelinat, on la inscrit sous le nom de Léo Inconnu. Et voilà, un enfant de plus à la charge de lÉtat.

Toute son enfance, il la passée là, sans amour parental. Il rêvait secrètement que sa mère revienne un jour le chercher. « Elle a dû avoir une bonne raison Elle finira par me retrouver », se disait-il, comme tous les autres gamins de lorphelinat.

À sa majorité, son éducatrice lui a remis le pendentif et lui a raconté son histoire. « Alors elle voulait que je la retrouve un jour ? » a-t-il demandé. « Peut-être Ou alors, tu las juste arraché de son cou par accident. Les bébés attrapent tout, et le pendentif navait pas de chaîne ! »

LÉtat lui a donné un petit studio modeste, mais à lui. Il a fait un CAP en mécanique, trouvé un boulot dans un garage.

Et puis un jour, il a croisé Albane. Littéralement. Ils se sont rentrés dedans dans la rue. Elle portait des magazines de mode, tout sest envolé, et quand il sest précipité pour ramasser, BAM ! Front contre front. Ils sont restés assis par terre, les yeux pleins de larmes, à rire comme des idiots au milieu des passants. Et là, Léo a su : cétait elle.

« Je dois me faire pardonner ! Venez prendre un café avec moi », a-t-il proposé. Albane a accepté sans hésiter. Il lui semblait familier, comme si elle le connaissait depuis toujours. « Cest bizarre, Léo Jai limpression de te connaître depuis toujours », a-t-elle avoué après cinq minutes. « Pareil ! »

Ils sont devenus inséparables. Ils se parlaient tout le temps, se sentaient connectés. Quand Léo se blessait au garage, Albane lappelait aussitôt : « Tout va bien ? » Un jour, il lui a dit : « Toi, cest moi. Moi, cest toi. Tu es ma destinée Dommage que je ne puisse pas te présenter à mes parents. » Elle a souri : « Mais moi, jen ai ! Et je suis sûre quils taimeront. »

Sauf que

« Ton copain vient de lorphelinat ? Tu es folle ? Ils sont tous mal élevés, asociaux ! » La mère dAlbane, Lydia, sest effondrée dans son fauteuil en cuir, une main sur le cœur. « Maman, Léo est gentil et drôle ! Arrête tes préjugés ! »

Heureusement, le père, Jean, officier dans larmée, a tempéré : « On le rencontrera dabord avant de juger. » Mais Lydia était hors delle : « On a élevé notre fille pour quelle épouse un sans-famille ? Et si ses parents étaient des ivrognes ? »

Le samedi suivant, Léo était là, bien habillé, avec deux bouquets (un pour Albane, un pour sa future belle-mère) et une pâtisserie. Albane, rayonnante, la présenté. Jean lui a serré la main, souriant. Lydia a pris les fleurs puis est devenue livide.

« Désolée, jai dû avoir un vertige », a-t-elle balbutié. À table, elle a remarqué le pendentif de Léo. « Cest original Une pièce unique ? »

« Ma seule trace de ma mère. Je lavais dans la main quand on ma trouvé. »

Lydia na plus dit un mot. Elle a juste poussé des petits pois dans son assiette. Jean, lui, a bien accroché avec Léo football, ski, pêche

« Super garçon ! » a-t-il déclaré après son départ.

Lydia a explosé : « Il est malpoli, arrogant » Jean était stupéfait : « Quest-ce quil ta fait ? »

Mais elle a hurlé à Albane : « Quitte-le ! Tout de suite ! »

Cette nuit-là, Lydia a fixé une vieille photo dans la bibliothèque : elle, jeune, avec le MÊME pendentif. « Alors cest lui qui la arraché »

Elle a appelé Léo le lendemain. « Nous devons parler. »

Chez eux, elle lui a ordonné : « Quitte Albane. Et jure que personne ne saura la vérité. »

Léo, pétrifié, a acquiescé.

« Albane cest ta sœur », a-t-elle lâché, montrant la photo.

« Maman ? » a murmuré Léo, les yeux pleins de larmes. « Et mon père ? »

Lydia a secoué la tête. « Non, Jean nest pas ton père. On sortait ensemble, puis il est parti à lécole militaire. Jai été stupide Ton vrai père ma abandonnée. Jai accouché chez ma grand-mère, jai dit que le bébé était mort et je tai laissé à lorphelinat. Puis Jean et moi nous sommes mariés. »

Elle a craché : « Tu es une erreur de jeunesse. Pars, et ne détruis pas ma famille. »

Léo était sous le choc. Cette femme cruelle sa mère ?

Cest alors quAlbane est apparue dans lencadrement de la porte, furieuse. « Je vais tout dire à papa ! »

Léo est parti, le cœur en miettes. Il sest engagé dans larmée peu après.

Jean et Albane lont accompagné à la gare. « Tu es notre famille, mon garçon. Reviens-nous », a dit Jean en létreignant. Albane a chuchoté : « On taime, frérot. »

Pour la première fois, Léo a senti une chaleur en lui. Il avait un père, une sœur Dommage quil ait aimé Albane autrement.

Quant à Lydia ? Jean a divorcé. Il na pas supporté sa monstruosité.

Et elle ? Elle continue à blâmer Léo celui qui « arrive toujours au mauvais moment ».

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Tout ce qu’Alyosha savait de lui, c’est qu’on l’avait trouvé hurlant de faim et de peur sur le seuil d’un orphelinat. Sa mère avait sans doute gardé quelques restes de conscience, car elle l’avait enveloppé dans une couverture douillette, drapé d’une écharpe en cachemire de chèvre, et déposé le bébé hurlant dans une boîte en carton. Elle ne voulait sûrement pas qu’Alyosha attrape froid.
Ma mère m’a dit d’interrompre ma grossesse et aujourd’hui je ne pourrai plus jamais avoir d’enfants …