« Si tu discutes, mon fils te jettera à la rue », déclara la belle-mère, oubliant à qui appartenait lappartement.
« Amélie, prépare une tourte aux poireaux pour demain soir », annonça Marguerite en entrant dans la cuisine et en sinstallant à table. « Ça fait une éternité que je nai pas mangé une vraie pâtisserie maison. Toi, tu cuisines toujours des plats bizarres. »
Amélie se détourna du four où elle faisait dorer des escalopes pour le dîner. Sa belle-mère affichait son expression habituelle de mécontentement, tout en ajustant son cardigan bordeaux bien connu.
« Je suis allergique aux poireaux, Marguerite », répondit-elle calmement en retournant une escalope. « Je ne vais pas la faire. »
« Comment ça, tu ne vas pas la faire ? » La voix de la belle-mère devint coupante. « Je te fais une demande polie, et tu me refuses ? Pour qui te prends-tu, à me répondre comme ça ? De mon temps, les belles-filles respectaient leurs aînés ! »
« Ce nest pas une question de respect », rétorqua Amélie en déplaçant la poêle. « Si je cuisine des poireaux, je fais une réaction allergique. Faites-la vous-même si vous y tenez tant. »
« Que je la fasse moi-même ? » Marguerite bondit de sa chaise. « Je ne suis pas ta servante ! Cest toi la maîtresse de maison, alors cuisine ce que je te demande ! Et ton allergie, cest juste une excuse. Tu es trop paresseuse pour toccuper de la pâte ! »
« Marguerite, en quoi la paresse a-t-elle quelque chose à voir là-dedans ? » Amélie se tourna vers elle. « Je cuisine tous les jours, je nettoie, je fais la lessive. Mais je ne ferai pas une tourte aux poireaux parce que cest physiquement impossible ! »
« Impossible ou pas ? » La belle-mère se rapprocha, les yeux plissés. « Tu crois que parce que mon fils ta épousée, tu peux me donner des ordres ? On va bien voir qui commande ici ! »
Un bruit de clés résonna dans lentrée Antoine était rentré. Le visage de Marguerite se transforma instantanément en une expression de martyre.
« Antoine, mon chéri », se précipita-t-elle vers lui. « Tu arrives à point nommé. Ta femme est devenue complètement insolente ! Je lui ai demandé de préparer une tourte, et elle ma répondu avec impolitesse ! »
Antoine enleva sa veste et jeta un regard fatigué à sa femme, figée près de la cuisinière, le visage tendu.
« Amélie, quest-ce qui se passe ? » demanda-t-il en accrochant sa veste. « Pourquoi refuses-tu ma mère ? »
« Je suis allergique aux poireaux, Antoine », murmura-t-elle. « Je lai déjà expliqué à Marguerite. »
« Allergique ? Quelle allergie ? » fit-il en agitant la main. « Maman, ne tinquiète pas. Amélie préparera la tourte demain. Nest-ce pas, chérie ? »
Amélie le regarda en silence, puis Marguerite, qui souriait avec triomphe. Son cœur se serra douloureusement.
« Non, je ne la ferai pas », dit-elle fermement, enlevant son tablier et se dirigeant vers la porte. « Dînez sans moi. »
Elle alla dans la chambre et referma la porte derrière elle. Des voix étouffées traversaient le mur Antoine et sa mère dînaient tranquillement, discutant de sujets banals. Comme si rien ne sétait passé. Comme si sa femme nétait pas partie en colère, mais avait simplement disparu.
Le lendemain matin, Amélie se leva plus tôt que dhabitude. Marguerite dormait encore la maison était étrangement silencieuse. Antoine sirotait un café à la table de la cuisine, les yeux rivés sur son téléphone.
« Antoine, il faut quon parle », déclara-t-elle en sasseyant en face de lui, les mains jointes. « Une discussion sérieuse. »
Il leva les yeux de son écran, lair perplexe.
« À quel sujet ? »
« Ta mère », soupira-t-elle. « Jen ai assez de ses critiques incessantes. Marguerite trouve toujours quelque chose à redire ma façon de cuisiner, de nettoyer, de mhabiller. Je suis fatiguée de devoir lui obéir dans mon propre dans notre foyer. »
« Amélie, quest-ce que tu racontes ? » posa-t-il son téléphone. « Maman se comporte très bien. Elle a juste ses petites habitudes. »
« Ses habitudes ? » répliqua-t-elle dune voix plus aiguë. « Cest comme ça que tu appelles le fait de donner des ordres à des adultes ? Antoine, peut-être quil est temps de louer un appartement pour elle ? Quelle vive de son côté ? Nous sommes jeunes nous avons besoin de notre intimité. »
Antoine claqua sa tasse sur la soucoupe.
« Tu veux mettre ma mère à la rue ? » Sa voix était glaciale. « Elle a demandé à vivre avec nous, et toi, tu veux la virer ? »
« Je ne dis pas ça », tendit-elle la main, mais il se recula. « Juste un logement séparé. On pourrait laider financièrement »
« Écoute, ça ne me plaît pas », rétorqua-t-il en se levant pour partir travailler. « Maman ne dérange personne. Au contraire, elle nous rend service elle cuisine, elle aide à la maison. »
« Quand est-ce quelle cuisine ? » se dressa Amélie à son tour. « Antoine, ouvre les yeux ! Je travaille, je rentre, je prépare le dîner, je nettoie, je fais la lessive. Et ta mère ne fait que critiquer ! »
« Ça suffit », coupa-t-il en enfilant sa veste. « Je ne veux plus en entendre parler. Maman reste avec nous. Point final. »
La porte claqua derrière lui. Amélie resta seule dans la cuisine, fixant le café à moitié bu de son mari. Lamertume de leur dispute se répandit en elle comme ce breuvage froid. Elle prit la tasse, la lava lentement et la rangea.
Cette injustice la révoltait. Sa belle-mère avait légué son propre appartement à sa fille pour ensuite simposer chez eux. Et Antoine ne trouvait rien à redire ! Elle en avait assez de vivre sous son regard inquisiteur.
Une demi-heure plus tard, Marguerite fit son apparition dans la cuisine. Ses cheveux étaient impeccablement coiffés, sa robe de chambre fermée jusquau cou. Son visage affichait une profonde désapprobation.
« Eh bien, quelle scène tu nous as faite hier », attaqua-t-elle sans même un bonjour. « Quelle ingratitude ! Tu croyais que mon fils prendrait ton parti ? »
Amélie versa silencieusement son thé, refusant de mordre à lhameçon.
« Tu vois ? » poursuivit Marguerite en sasseyant. « Mon fils ma soutenue ! Ça veut dire quil sait qui commande ici. Et puisque cest le cas, tu dois mobéir ! »
Amélie reposa la bouilloire un peu trop fort.
« Aujourdhui, tu vas nettoyer lappartement de fond en comble », continua la belle-mère dun ton doctoral. « Laver les vitres, récurer les sols, faire briller la salle de bains. Autrement, tu te promènes comme une princesse, mais la maison est sale ! »
« La maison nest pas sale », objecta-t-elle à voix basse.
« Pas sale ? » sécria Marguerite. « Jai vu de la poussière sur la commode hier ! Et le miroir de lentrée est tout tâché ! Si tu discutes, je le dirai à mon fils, et tu verras ce qui tattend ! »
Quelque chose en Amélie céda. Comme une corde trop tendue qui finit par se rompre. Elle fit volte-face.
«




