Le sentiment de culpabilité ne me lâchait pas

La culpabilité ne le lâchait pas.

La vie d’Élodie s’était divisée en un avant et un après. Elle était en première, bonne élève, mais à la maison, rien n’était paisible. Sa mère, Sandrine, était responsable de ce climat. Elle critiquait sans cesse son père, lui réclamant toujours plus, tandis qu’elle, elle chérissait et protégeait leur fille.

Julien travaillait sans relâche, mais pour Sandrine, ce n’était jamais assez :

— Notre mobilier est vieux, il faut le remplacer. Les voisins ont acheté du neuf, nous devons faire pareil. Élodie ne comprenait pas pourquoi ils devaient copier les autres.

— On peut très bien vivre avec ce qu’on a, répondait son père. Notre fille grandit, elle aura bientôt besoin d’argent pour ses études.

— Il nous faut une nouvelle voiture. Ma sœur et son mari ont acheté une allemande, insistait Sandrine.

Elle adorait l’argent et reprochait sans cesse à Julien d’être un raté, incapable de gagner suffisamment. Elle ne lui montrait aucune tendresse. Le cœur d’Élodie se serrait de pitié pour son père, un homme fort, mais brisé à l’intérieur.

Ce soir-là, la dispute éclata de nouveau—enfin, Sandrine accablait son mari une fois de plus :

— J’aurais dû épouser Nicolas. Avec lui, j’aurais vécu comme un coq en pâte, mais non, j’ai choisi toi, le bon à rien ! Élodie claqua la porte de sa chambre pour ne plus entendre.

— Tu resteras un raté toute ta vie. Je vais divorcer, j’en ai marre de compter les centimes. Demain, je dépose les papiers.

— Maman, si tu quittes papa, je resterai avec lui. Vis seule ! lança Élodie en surgissant de sa chambre.

— Ah, l’ingrate ! cria Sandrine, avant de la gifler.

C’était la première fois qu’elle frappait sa fille. Élodie porta la main à sa joue, regarda sa mère avec des larmes aux yeux, puis, après avoir jeté ses livres dans son sac, s’enfuit de la maison. Elle courait chez sa meilleure amie, Camille. Il faisait déjà sombre, et dans son état de nervosité, elle ne vit pas la voiture. L’impact la projeta sur le bas-côté.

Ce jour-là, Théo avait eu une violente dispute avec sa femme, Claire. Mariés depuis cinq ans, ils n’avaient pas d’enfant : elle refusait, disant que ce n’était pas le moment. Depuis deux ans, leurs querelles s’envenimaient. Claire exigeait toujours plus, incapable de comprendre qu’une relation se nourrit aussi de don.

Elle n’avait rien à offrir. Elle ne savait ni aimer ni compatir. Pas d’enfant, pas de foyer. Elle rechignait à cuisiner, préférant acheter des plats préparés.

— Au lieu de me critiquer, tu ferais mieux de m’emmener au restaurant, rétorquait-elle.

— Je ne suis pas un millionnaire. Tu ne travailles pas, nous vivons sur mon salaire. Trouve un emploi, et nous irons au restaurant.

— Tu es mon mari, c’est à toi de subvenir à mes besoins.

Ce soir-là, il rentra sans dîner. Claire avait passé la journée au téléphone. Elle n’avait pas d’amies proches—elle craignait qu’une autre femme ne lui soit supérieure, ou que son mari ne la compare.

— Rien à manger ? Je rentre du travail.

— Cuisine toi-même.

— Dans ce cas, je pars chez mes parents. Et je demande le divorce.

— Tu me fais peur, ironisa-t-elle avant de l’inonder d’insultes.

Affamé, furieux, il conduisait trop vite. La route était mal éclairée, sans passage piéton. Il ne vit pas la jeune fille surgir. Le choc fut violent.

— Qu’ai-je fait ? se demanda-t-il en la conduisant à l’hôpital.

Le tribunal prit en compte les circonstances : la fille avait traversé hors des clous, la route était dangereuse. Il avait coopéré et proposé de payer les soins. Mais il avait excédé la vitesse limite, et la mère exigeait une peine ferme.

Théo fut condamné à plusieurs années de prison. Claire divorça rapidement, vidant leur appartement.

Il eut le temps de réfléchir.

— J’aurais dû quitter Claire plus tôt. Mes parents me l’avaient conseillé. Au moins, cette sangsue est partie.

Mais sa culpabilité persistait. On lui répétait qu’il n’était pas responsable, que la jeune fille avait traversé n’importe où. Pourtant, il savait qu’elle était devenue handicapée.

À sa libération, il retrouva un appartement vide. Il appela son ancien patron.

— Théo ! Reviens, tout le monde sait que ce n’était pas ta faute.

Il fut soulagé de retrouver un travail. Mais le soir, seul, il repensait à cet accident.

— J’étais énervé à cause de Claire, mais ce n’est pas une excuse.

Les week-ends, il aidait ses parents, mais la culpabilité le rongeait. En prison, il avait expié. Maintenant, il était libre, mais ne pouvait pas vivre sereinement.

Sa mère le sermonnait :

— Arrête de te torturer. Tu as payé. Tu es jeune, trouve une bonne femme, fais des enfants.

Un jour, il chercha Élodie sur les réseaux. Sur les photos, elle souriait, debout, avec une canne.

Il lui écrivit, sans espoir de réponse. Pourtant, elle répondit.

— Pourquoi as-tu pitié de moi ? demanda-t-il.

— Ma santé n’est pas parfaite, mais toi, tu as perdu ta vie. Ma mère est contente que je sois handicapée. Elle extorque de l’argent à mon père.

Peu à peu, il tomba amoureux. Ils se voyaient en cachette. Un jour, il proposa :

— Parlons à ta mère.

La réaction fut violente :

— N’approche plus jamais ma fille !

Deux jours plus tard, la mère rappela :

— Elle est à l’hôpital. Venez.

Devant la chambre, il croisa le père d’Élodie.

— Ma fille vous aime. Allez-y.

Elle lui sourit.

— Je t’attendais. Ne me quitte plus.

Aujourd’hui, ils vivent heureux, avec un petit garçon. Leurs parents respectent leur bonheur.

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