J’ai compris trop tard : ce n’est que lorsque mon mari est tombé gravement malade que j’ai réalisé à quel point je l’aimais.
Quand j’ai épousé Édouard, je n’avais que vingt-cinq ans. Un diplôme fraîchement obtenu, l’avenir grand ouvert devant moi. J’étais sûre de moi, fière de mon intelligence et de ma beauté, persuadée que je pouvais choisir n’importe quel homme. Ils tournaient autour de moi comme des papillons autour d’une flamme, et je le voyais bien : ils me désiraient. J’étais désirée, adulée, et cela me flattait.
Édouard faisait partie d’eux. Un peu maladroit, timide, mais d’une bonté infinie, attentif, avec des yeux pleins de dévotion. Il me suivait partout, exauçait chacun de mes caprices, supportait même mes piques. Je me souviens d’un dîner entre amis où j’avais un peu trop bu ; lorsqu’il m’a proposé de rentrer chez lui, je n’ai pas refusé. Cette nuit-là, j’étais tendue, irritable, et lui a su m’apaiser. Sur le moment, je pensais que ce ne serait qu’une fois.
Mais les choses ont pris une autre tournure. Un mois plus tard, j’ai découvert que j’étais enceinte. Édouard, en apprenant la nouvelle, rayonnait de bonheur. Il m’a demandé en mariage sur-le-champ, et j’ai accepté. Pourtant, en toute honnêteté, j’avais toujours imaginé un homme différent à mes côtés : sûr de lui, audacieux, éclatant. Édouard était trop doux, trop… facile. Mais je me disais que si le destin en avait décidé ainsi, c’était peut-être pour une raison.
Nous nous sommes mariés, j’ai emménagé chez lui, et notre fils est né peu après. Édouard me portait littéralement dans ses bras. Il ne me laissait rien porter de lourd, me gâtait avec des cadeaux, cuisinait, faisait le ménage, s’occupait du bébé. Je me sentais comme dans une cage douillette et chaude, d’où je n’avais pas vraiment envie de m’échapper — mais quelque chose en moi aspirait à autre chose.
Quand notre fils n’avait pas encore un an, je suis retombée enceinte. D’abord paniquée, j’ai pensé à avorter, mais ma mère m’a convaincue : « Fais-le, que les enfants grandissent ensemble. C’est difficile maintenant, mais ce sera plus simple plus tard. » Je l’ai écoutée. Cette deuxième grossesse s’est déroulée sans heurts, et Édouard était toujours aussi tendre et attentionné. Jamais il ne haussait le ton, ne m’interdisait de sortir, ne me surveillait, ne me faisait de reproches. Il était là — toujours.
Mais au fond de moi, il me manquait la passion. Cette folle ardeur dont parlent les livres et les chansons. Je n’arrivais pas à me retenir — et plus d’une fois, j’ai cédé à des aventures éphémères, avec des hommes qui allumaient une flamme, mais ne donnaient aucune chaleur. Je revenais toujours à la maison. Parce qu’auprès d’Édouard, je me sentais vraiment en sécurité. Il devinait. Il savait, sans aucun doute. Mais il n’a jamais rien dit. Il a continué… à m’aimer.
Les années ont passé. Les enfants ont grandi. Nous vivions comme des milliers de familles, et je ne me posais pas trop de questions. Je me disais que j’avais fait un compromis : oui, j’aurais pu être avec quelqu’un de plus brillant, de plus ambitieux, de plus fougueux… mais j’avais choisi la stabilité. Le calme. Une famille.
Puis Édouard est tombé malade.
Au début, rien de grave. Un rhume, de la fatigue. Nous n’y avons pas prêté attention. Mais deux semaines plus tard, ses forces ont commencé à décliner rapidement. Examens, analyses, médecins. Puis le diagnostic, qui m’a coupé le souffle : un cancer.
Mon monde s’est écroulé.
Je ne me souviens plus comment je tenais debout dans cette chambre d’hôpital, écoutant le médecin, ni comment j’ai marché dans la rue, comme en apesanteur. C’est à ce moment-là que j’ai compris à quel point il comptait pour moi. À quel point je l’aimais. À quel point la pensée de le perdre m’était insupportable. À quel point ma vie sans lui était inimaginable.
Depuis, je ne l’ai plus quitté d’un pas. Hôpitaux, cliniques, traitements. Je lui tenais la main quand la douleur le submergeait. Je lui essuyais le front quand la fièvre montait. Je lui caressais le dos quand il





