La vie réserve bien des surprises

Il arrive bien des choses dans la vie…

— Mathieu, je te quitte, j’ai rencontré l’homme de mes rêves, déclara un jour sa femme. Tu ne m’as jamais fait de mal, mais je ne t’aime pas. Mon futur mari vient d’un autre pays, et je pars avec lui. Je te laisse Maxime. Tu t’en sortiras, il a déjà dix ans. Mon futur mari m’a proposé de l’accompagner, mais sans notre fils.

La mère embrassa Maxime, lui murmura « Ne sois pas triste » et disparut dans l’inconnu, une valise à la main. Mathieu resta seul avec son fils de dix ans et décida de lui consacrer sa vie. Il savait que Maxime manquerait de l’affection maternelle, et il fit de son mieux pour compenser, mais un père reste un père.

Les années passèrent. Maxime obtint son bac et entra à l’université. Un soir, il rentra avec une jeune fille et annonça :

— Papa, voici Juliette, elle va vivre avec nous.

Et il l’emmena dans sa chambre. Pour Mathieu, ce fut une surprise totale. Désormais, ils seraient trois dans l’appartement. Il haussa les épaules et murmura :

— Puisqu’il en est ainsi… Qu’y faire ? Qu’elle reste. Il faut préparer le dîner.

Juliette entra dans la cuisine et dit en souriant :

— Mathieu, laissez-moi m’occuper du repas.

— Mais non, Juliette, j’en ai l’habitude.

— Eh bien, il va falloir vous y faire. Désormais, c’est moi qui règne en maîtresse ici. Mais si vous voulez m’aider…

Sa voix était si douce que Mathieu en fut troublé.

— Allez, allez, regardez la télévision ou autre chose, je vous appellerai.

Assis devant l’écran, Mathieu songeait à Juliette.

— Des vêtements simples, pas de maquillage, des cheveux blonds lissés en arrière. Pas une poupée fardée, mais jolie, délicate. Étonnant que Maxime, si fier et distant, se soit intéressé à elle. Elle doit avoir quelque chose de spécial.

— Messieurs, à table !

Mathieu se leva du canapé. Maxime sortit de sa chambre, où il jouait à l’ordinateur. Le dîner plut à Mathieu ; on sentait la touche féminine.

— Merci, Juliette, dit-il, tandis que son fils hochait la tête et retournait à sa chambre. Juliette fit la vaisselle.

Avec elle, l’appartement s’anima. Avant, ils dînaient en silence ou échangeaient quelques mots avant de se retirer. Maintenant, ils restaient longtemps à table à discuter. Maxime partait le premier, absorbé par ses jeux. Mathieu et Juliette bavardaient encore. Elle savait tant de choses qu’il s’étonnait parfois qu’une jeune fille de vingt ans de moins que lui fût si cultivée.

Maxime ne quittait pas ses jeux. Juliette voulait sortir, aller au cinéma, au café, se promener au parc, mais il était difficile de le faire bouger. Il s’énervait.

— Laisse-moi tranquille, répondait-il parfois avec brusquerie, et elle en était peinée.

Mathieu voyait tout cela et s’inquiétait :

— Je ne sais plus quoi faire. Il ne pense qu’à ses jeux, ne voit rien autour de lui. Il va laisser passer sa vie. Je ne peux plus rien pour lui, c’est un homme maintenant.

Juliette était devenue l’un des leurs. Mathieu la défendait quand Maxime se montrait dur. Il l’appréciait, comme belle-fille et comme personne. Intelligente, cultivée, bonne cuisinière. Il respectait ses principes comme les siens. Elle se comportait avec dignité.

Un soir, en rentrant du travail, Mathieu trouva Maxime et Juliette en pleine dispute.

— Prends tes affaires et disparais. Je t’avais prévenue dès le début, mais tu ne m’as pas pris au sérieux. Maintenant, va-t’en !

— Que se passe-t-il ? demanda Mathieu, inquiet.

Juliette pleurait en rangeant ses affaires. Maxime, le dos tourné, jouait à l’ordinateur, la porte de leur chambre ouverte.

— Rien ! Occupe-toi de tes affaires, rétorqua sèchement Maxime.

— Comment ça, rien ? Où ira Juliette à cette heure ? Tu réfléchis un peu ?

— Laissez, Mathieu, ne vous disputez pas. Je partirai de toute façon, j’ai toujours ma place à la cité universitaire.

Juliette partit. Le silence revint dans l’appartement. La vie reprit son cours, comme avant. Le soir, en rentrant, Mathieu espérait toujours que la porte s’ouvrirait et que Juliette apparaîtrait avec son doux sourire.

— Tout est prêt, venez à table.

Un mois passa, puis un autre, mais Juliette ne revenait pas. Mathieu n’osait pas interroger son fils. Il se rendit discrètement à l’université et finit par trouver Ophélie, l’amie dont Juliette lui avait parlé.

Une femme âgée ouvrit la porte.

— Je suis le père de Maxime. Ophélie, que s’est-il passé entre eux ? Où est Juliette ? Je m’inquiète pour elle.

— Elle a quitté la fac, elle est retournée dans son village.

— Dans son village ? Pourquoi ? A-t-elle abandonné ses études ? Qu’est-il arrivé avec Maxime ?

— Je ne veux pas en dire trop. Voici l’adresse de Juliette. Elle vous expliquera elle-même.

Le week-end suivant, Mathieu se rendit au village de Boulogne. Il trouva la maison et frappa. Une femme âgée lui ouvrit.

— Bonjour, Juliette est là ?

— Bonjour, jeune homme, entrez.

Juliette apparut, pâle, un ventre rond bien visible.

— Juliette ! Tu attends un enfant ? Que s’est-il passé avec Maxime ?

— Voilà ce qui s’est passé, dit-elle en posant une main sur son ventre. Il a refusé l’enfant. Il m’a donné un choix : si j’interrompais la grossesse, nous resterions ensemble. Sinon, il ne voulait plus jamais me voir. J’ai fait mon choix, c’est pourquoi je suis ici.

— Juliette, ma chérie, j’ai toujours su que tu étais une fille bien. Tu as bien fait. C’est un bonheur, j’aurai un petit-fils, je serai grand-père ! Je ne suis pas si vieux, mais tu me fais une belle surprise. J’ai trop gâté Maxime, j’ai vécu pour lui, c’est ma faute. Pardonne-le-moi. Je ne laisserai pas tomber mon petit-fils. Prépare-toi, j’ai les clés d’un appartement — un ami est en mission longue à l’étranger, je m’en occupe. Je t’aiderai, tu passeras en cours du soir.

Juliette n’hésita pas longtemps ; elle regrettait d’avoir abandonné ses études.

Antoine naquit. Mathieu se précipitait chez eux après le travail, s’occupait du bébé, le promenait, le couchait, le baignait avec adresse. Juliette s’étonnait.

Maxime ignorait tout. Il amenait des filles à l’appartement, mais elles ne restaient pas. Les relations entre père et fils se réduisaient à des silences.

Le soir, Juliette étendait le linge d’Antoine en entendant Mathieu lui raconter des histoires ou chanter des berceuses. Un jour, trouvant le calme étrange, elle entra et les vit endormis, nez à nez. Mathieu ouvrit les yeux.

— Oh, Juliette, pardon, je me suis assoupi. On ne sait plus qui a endormi l’autre.

— Ce n’est rien, Mathieu. Vous vous épuisez avec nous. Une journée de travail, puis votre soirée ici… Nous vous donnons bien du souci.

Mathieu

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