Le Conte d’une Grand-mère sur Deux Enfants

Ah, mes petits, approchez-vous, laissez-moi vous raconter une histoire qu’une voisine de chambre m’a rapportée, elle-même tenue de sa fille. Moi, la vieille, on m’a parquée ici, dans cette maison de retraite, alors je ne fais plus qu’écouter des anecdotes et vous les transmettre. Écoutez donc ce qui est arrivé à Élodie et son mari Julien.

Ils vivaient, ces tourtereaux, dans un petit appartement douillet, quelque part en banlieue, depuis cinq ans. Élodie — vive comme une abeille, toujours en déplacement pour son travail dans une agence événementielle. Julien — silencieux comme une souris, passant ses journées devant son ordinateur à écrire des lignes de code. Ils vivaient, semblait-il, en paix, même si, comme tous les couples, ils se chamaillaient parfois pour des broutilles.

Mais un jour, oh mes petits, tout a basculé. Élodie devait partir en avion pour un colloque, mais, comme un mauvais sort, rien ne se passa comme prévu. Le réveil ne sonna pas, le taxi arriva en retard, et à l’aéroport — une queue interminable, comme à la foire. Elle arriva essoufflée à la porte d’embarquement, mais l’avion, pfft, avait déjà décollé sans elle. Furieuse, Élodie appela Julien, mais pas de réponse. « Il doit encore avoir ses écouteurs sur les oreilles », pensa-t-elle, et décida de rentrer. Le colloque pouvait attendre.

Elle ouvrit la porte de chez eux, et là — mon Dieu ! Sur le portemante, une veste rose bonbon qui n’était pas la sienne, avec un foulard léopard qu’elle n’avait jamais vu. Et de la cuisine — des rires, des éclats de voix féminins, et Julien qui bavardait gaiement. Élodie, toujours avec sa valise, se faufila jusqu’à la cuisine et aperçut une jeune femme, environ vingt-cinq ans, en robe moulante, sirotant du thé dans sa tasse préférée, celle avec les chats. Julien, dans son vieux t-shirt, rayonnait comme un enfant à Noël.

— C’est quoi, ce cirque ? tonna Élodie, entrant comme une tornade.

Julien sursauta, faillit lâcher son téléphone, tandis que la jeune femme, une certaine Chloé, resta bouche bée, la tasse en suspens.

— Élodie, tu étais censée être au colloque ! bredouilla Julien, pâle comme un linge.

— Ah oui, c’est ça ! Mais visiblement, je suis revenue à temps ! Élodie lança sa valise par terre — boum ! — Qui est cette fille ? Et pourquoi boit-elle dans MA tasse ?

Chloé balbutia : — Je… euh… Chloé. Je suis juste passée…

— Juste passée ? Élodie plissa les yeux. — Chez moi ? En mon absence ? Pour prendre le thé, c’est ça ?

Julien se défendit : — Élodie, c’est une collègue, elle est venue chercher une clé USB, je lui avais promis un projet !

— Une clé USB ? Élodie éclata d’un rire amer. — Et pour une clé USB, elle rigole comme si elle était chez elle ? Tu me prends pour une imbécile, Julien ?

Chloé, écarlate, attrapa son sac : — Désolée, je ne voulais pas… Je vais partir.

— Oui, dégage ! hurla Élodie, désignant la porte.

Dès que Chloé eut filé, Élodie se tourna vers Julien : — Alors, héros, explique-toi ! C’est fréquent, ces « collègues » qui prennent le thé en mon absence ?

Julien marmonnait que c’était la première fois, que Chloé n’était restée qu’un instant, mais Élodie n’écoutait plus. Elle attrapa son téléphone et découvrit des messages de Chloé : « Tu es seul ? 😏 », « Je peux passer ? ». Ce fut comme un coup de massue.

— Seul ? Passer ? cria-t-elle, jetant le téléphone sur le canapé. — Cinq ans ensemble, et tu me fais ça ?

Julien bafouillait des excuses, mais Élodie, en larmes, hurlait qu’elle lui avait fait confiance et qu’il avait transformé leur foyer en lieu de passage. Les voisins tendaient l’oreille, mais elle s’en moquait. Elle saisit sa valise et partit chez sa mère.

— Réfléchis à comment tu vivras sans moi ! Et sans ta Chloé, car je vais lui rendre la vie impossible au travail ! claqua-t-elle la porte, faisant trembler les vitres.

Julien resta seul, fixant la tasse à chats, les pensées tourbillonnant dans sa tête. Élodie, elle, écrivait à ses amies dans le taxi : « Sophie, rassemble les filles, j’ai besoin d’un plan de vengeance ! »

Et devinez quoi, mes petits ? Elle tint parole. Elle envoya les captures d’écran des messages de Chloé à son supérieur. Julien tenta de s’excuser, mais elle avait déjà déposé les papiers du divorce. Six mois plus tard, on dit qu’elle rencontra un pilote, charmant, et plaisantait qu’avec lui, elle ne raterait plus aucun vol.

Voilà la vie, mes petits. L’amour est fragile, comme cette tasse à chats d’Élodie. Alors chérissez les vôtres, car en un clin d’œil, tout peut s’écrouler.

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